CAROLE MBESSA ELONGO: « AUCUN MÉTIER N’EST FONDAMENTALEMENT RÉSERVÉ AUX HOMMES. SI ON A LA MÉTHODE, BIEN QU’ÉTANT UNE FEMME, ON PEUT TOUT FAIRE »

Carole MBESSA ELONGO - DGA Business Facilities Corporation S.A

Carole MBESSA ELONGO est une femme pleine de ressources. Elle a suivi des études de Gestion des entreprises et des administrations à l’Université de Nantes en France. Une vingtaine d’années plus tard, après avoir acquis l’essentiel de ses compétences en marketing, gestion des ressources humaines, communication, branding, Management, au fil de ses expériences professionnelles en France, elle décide de rentrer au Cameroun. Sept ans après ce retour, elle fait ce qu’il faut pour marquer de son empreinte le monde des affaires camerounais. Visionnaire, elle est convaincue que l’Afrique de ses rêves ne verra le jour que si tous ses enfants s’impliquent. Et elle donne le ton. Elle a co-fondé Business Facilities Corporation S.A., une entreprise se déployant dans plusieurs secteurs d’activités. Carole MBESSA ELONGO assure aussi l’organisation du Cameroun Business Forum, comme régisseur du Premier Ministère du Cameroun depuis 2019 ; plateforme permettant aux acteurs du secteur public et du secteur privé d’échanger pour améliorer le climat des affaires. En 2020, Carole MBESSA ELONGO a été nommée Membre du Conseil de Direction de l’Ecole Nationale Supérieur Polytechnique de Yaoundé et est la seule femme à siéger dans cette assemblée de 19 membres. Elle partage avec nous son opinion sur le Cameroun et sur la place des femmes dans le monde des affaires.

Inspire Afrika : Vous êtes la co-fondatrice et la DGA de Business Facilities Corporation. En quoi consistent les activités de votre entreprise ?

Carole MBESSA : Business Facilities Corporation S.A arrive après plusieurs étapes entrepreneuriales qui ont forgé mon expérience. En quelques années au Cameroun j’ai créé plusieurs entreprises dans le conseil, le digital, avant d’en arriver à cette entreprise que j’ai co-fondée il y a 6 ans avec mon associé dans toutes ces activités, Mr Lucien Ndzomo Mviena. BFC SA se déploie à travers plusieurs domaines d’activités stratégiques notamment Weighing, Mining, Energy, Oil & Gas, Events. C’est une entreprise qui se positionne particulièrement sur des projets à forts impacts et à même de permettre de transformer fondamentalement les environnements dans lesquels nous évoluons. Nous identifions les niches, menons les études en fonction du secteur d’activité à travers l’une de nos 6 marques spécialisées à savoir : G360, Lotecs, Constels, SkillsBuilder, Smart Office, Fit&Co. Nous avons une filiale opérationnelle nommée Douala Port Weighing Services (DPWS) à ce jour.

I.A : Le domaine de la maintenance, de la rénovation et de la modernisation des équipements de pesage d’une enceinte portuaire est principalement réservé aux hommes. Comment y avez-vous fait votre entrée ?

C.M : Je pense qu’aucun métier n’est fondamentalement réservé aux hommes. Si on a la méthode, bien qu’étant une femme on peut tout faire. Nous devons absolument nous atteler à évacuer toutes les pensées limitantes des prismes de nos filles. Avec de la volonté, une bonne dose d’abnégation et de détermination, en tant que femme on peut tout à fait accomplir des prouesses dans les métiers dits « réservés hommes ».

Dans cette activité particulièrement, il s’agit d’installer les équipements de pesée dans l’enceinte du port de Douala Bonabéri, de les exploiter pour le compte du Port Autonome de Douala, et d’en assurer la maintenance. C’est une activité dont la concession nous a été confiée pour une durée de 20 ans. En réalité dans cette activité il n’existe pas de volet manutentionnel. Le nœud de l’action réside dans la maîtrise des process et la qualité du système d’exploitation développé par nos soins. Les données captées constituent une valeur importante pour les autorités portuaires et toutes les administrations qui les exploitent, pour optimiser leur captation d’informations ainsi que les ressources financières induites. C’est donc une activité qui peut parfaitement être pilotée par une femme, pour peu qu’elle soit très motivée, disposée à travailler tous les jours si les opérations sur le terrain le nécessitent, car le port est en activité 7/7, 24h/24h, 362 jours dans l’année. Elle doit surtout avoir la capacité de gérer la pression et l’urgence que requièrent les opérations de ce type d’activités.

I.A : Quelles sont les challenges auxquelles vous faites face dans ce secteur ? Viennent-ils du fait que vous soyez une femme ?

C.M : Les challenges sont nombreux, je ne pourrais tous les citer. Lorsque vous êtes concessionnaire d’une activité au port de Douala vous avez un cahier de charge précis et des engagements conventionnels à respecter. Dans le contexte qui prévalait à ce moment-là, je pourrais vous dire que le principal challenge a été pour nous les dirigeants, de lancer cette activité en période de Covid19. Nous avons démarré nos activités comme la convention l’exigeait au mois d’avril, à un moment où le Cameroun se confinait et le monde entier rentrait dans un processus de renfermement sur soi dont personne ne pouvait prédire la suite.

Il fallait convaincre des banquiers dans ce contexte-là,  recruter des ressources alors qu’on demandait aux populations de rester confinées, réaliser des investissements sans avoir de certitudes sur l’évolution de la pandémie, gérer les résistances liées à la nouvelle activité qui venait en fait réguler un secteur où beaucoup d’intérêts se croisent, etc…

Nous avons fait face et tenu bon. Les challenges en tant que femme ont été de réussir à gérer mes émotions, et d’aménager pour les équipes un cadre serein afin d’atteindre nos objectifs. De manière générale à ce niveau les challenges ne sont pas inhérents au genre. Lorsque vous dirigez une entreprise, vous avez la même pression et les mêmes défis qu’un homme. Les objectifs doivent être atteints et la vision implémentée.

I.A : Vous êtes revenue au Cameroun depuis 7 ans. Êtes-vous satisfaite de votre retour ?

C.M : Mon retour a été progressif. Avant de m’implanter définitivement, j’ai pris le temps d’explorer l’environnement afin de découvrir les niches exploitables. Cela n’a pas été évident. J’ai dû me réadapter à un environnement et un contexte que j’avais quitté 20 ans auparavant alors que je sortais tout juste de l’adolescence. Beaucoup de choses avaient changé pendant tout ce temps. J’avais bien préparé mon retour cependant. J’avais une vision claire de ce que je voulais réaliser et j’avais intégré un paramètre très important, à savoir que ce ne serait pas facile et que j’aurais à faire preuve de beaucoup de patience.

Je me suis beaucoup appuyée sur les conseils des membres de ma famille nucléaire, ma bulle ! je leur ai fait confiance et tous se sont impliqués pour créer un écosystème rassurant autour de moi. Cela m’a permis de me déployer pleinement et de faire face aux échecs et aux déconvenues sans que mon moral et ma confiance en soi n’en ressortent ébranlés. A ce stade je puis dire que j’ai de nombreux points de satisfaction, même si le chemin pour atteindre l’objectif ultime cité plus haut est encore bien long.

I.A : Qu’auriez-vous aimé savoir avant de rentrer vous installer au Cameroun ?

C. M : Comme je vous l’ai dit précédemment, j’ai mûrement préparé mon retour. Je savais parfaitement à quoi m’attendre de manière générale. Je savais quels sacrifices j’aurais à faire en ce qui concerne le confort matériel par exemple. Pour le reste j’ai une base familiale très solide qui a contribué à m’édifier précisément sur cet environnement complexe et que je redécouvrais avec des yeux d’adulte.

I.A : Que faut-il faire pour améliorer l’environnement des affaires dans ce pays ?

C.M : A ma connaissance aucun environnement des affaires au monde n’est abouti. Ce que j’observe au Cameroun c’est que les choses ont beaucoup évolué positivement depuis mon installation. Il serait prétentieux je pense d’avoir une panacée pour améliorer l’environnement des affaires. Sur le plan structurel, ceux qui sont en charge s’attèlent à mettre en place des mesures à même d’améliorer le cadre général. La plateforme Cameroun Business Forum par exemple, et pour laquelle j’assure la régie depuis 2 ans permet aux acteurs du secteur privé de proposer des aménagements, qui donnent lieu à des recommandations. Le suivi de l’implémentation de ces recommandations est assuré par un comité constitué de toutes les parties prenantes ainsi que des partenaires au développement tout au long de l’année. L’évaluation de l’impact de ces mesures a lieu à chaque session. Cela a fait considérablement progresser l’environnement des affaires. Cependant beaucoup reste à faire.

Le cadre tendant à s’améliorer, je pense que chacun des acteurs locaux devrait à son niveau apporter sa pierre à l’édifice, en étant responsable et soucieux de l’empreinte qu’il laisse dans son sillage. Que chacun s’attèle à respecter les règles établies serait un bon point de départ.

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I.A : L’autonomisation des femmes est un sujet qui vous tient à cœur. Pourquoi les femmes entrepreneures, ne sont pas financées comme il le faut ?

C.M : L’autonomisation selon moi est le seul moyen de conférer aux femmes un total épanouissement. L’autonomisation représente la garantie qu’elles se retrouveront moins exposées aux situations qui leur imposeraient de brader leur dignité. Je ne peux pas dire de manière péremptoire que les femmes particulièrement ne sont pas financées. Je puis d’ailleurs vous dire avec certitude que selon certaines études menées sur place et dont quelques journaux locaux ont abondamment fait écho, il apparaîtrait que les projets des femmes trouveraient en majorité un aboutissement favorable auprès des microfinances. De par leur rôle dans la gestion des affaires de la famille et la place qu’elles occupent dans la société africaine, les femmes ont développé de nombreux prérequis en management, en gestion, ainsi que de nombreuses autres compétences nécessaires pour une pratique efficace des affaires.

Ces compétences constituent des atouts indéniables qui sont bien entendu perçus par les organismes pourvoyeurs de financements. Sur la question du financement et du genre, concernant certains projets dont la taille et le besoin de financement ne représentent pas un frein insurmontable, les femmes ont au fil du temps développé des mécanismes de financement alternatifs efficaces, notamment les tontines. Le problème du financement ici est à adresser dans son ensemble, de manière structurelle, sans distinction de genre. Pourquoi les PME sont très peu financées au Cameroun ? quels sont les mécanismes qui permettraient d’améliorer les choses ? etc. De nombreuses discussions tournent autour de ces questions. Personnellement je suis pour que les institutions publiques trouvent le moyen d’adresser la question de la « garantie » exigible, car à mon avis elle constitue le principal frein à l’accès aux financements, une fois que les interrogations liées à la pertinence du projet et à sa pérennité sont évacuées. Un fond public dédié à la constitution des garanties pour les financements des PME serait par exemple un bon début pour booster les choses. Les banques de manière générale n’ont pas trop de choix, car elles doivent protéger l’argent des épargnants qui leur font confiance, et elles ont des comptes à rendre aux régulateurs. La question mériterait certainement des états généraux pour que des échanges soient menés en profondeur et de véritables décisions prises.

I.A : Croyez-vous aux bonnes vertus du mentorat ?

C.M : Oui, je crois au mentorat, et je le pratique d’ailleurs personnellement. J’encadre quelques jeunes lorsque le temps dont je dispose m’en laisse l’occasion. Je suis d’avis qu’on a toujours besoin de s’enrichir de l’expérience de personnes plus averties et pluridisciplinaires, qui peuvent être des mentors ou autres. Cela permet d’avancer avec un minimum d’assurance, qui peut parfois s’avérer utile et faire la différence dans certaines situations. Plusieurs personnes s’impliquent désormais dans le mentorat, même si je pense que ce n’est pas encore suffisant. Il en faut plus tant la tâche est ardue. Les femmes surtout ont beaucoup de réticences à partager leurs sources ou leurs connaissances, surtout dans notre contexte. Pourtant les jeunes ont besoin de modèles, de personnes auxquelles s’identifier pour pouvoir se réaliser, que ce soit dans l’entrepreneuriat ou dans toutes autres activités dans lesquelles ils se déploient.

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