ROSE BONNY WONJA: « LES BANQUES NE FINANCENT PAS À LEURS DEPENS »

Photo by Peter Bille

Rose BONNY WONJA a de la bouteille. Avec vingt deux années d’expérience dans le secteur bancaire, elle fait partie de celles et ceux qui ont participé à la transformation du secteur au Cameroun tout en grandissant avec lui. Son terrain de jeu: la banque de détail. Après avoir participé à l’éclosion, bien que timide, des banques au Cameroun, cette passionnée de jardinage et de musique se positionne désormais comme l’une de celles qui veut promouvoir la féminisation des postes de direction du secteur. Mère de trois enfants, elle encourage au quotidien la mise en avant d’une nouvelle génération de banquiers qualifiés. Optimiste quant à l’avenir des banques qui selon elle, ne sera glorieux qu’avec l’apport du digital, Rose Bonny WONJA,
Directrice  du Rétail Banking chez UBA Cameroun a bienvoulu nous partager son opinion en quelques questions.

 

Le taux de bancarisation au Cameroun n’est que de 26%. Que  faut-il faire pour que celui-ci augmente ? 

Effectivement, 26% c’est faible. Mais il faut déjà reconnaître les efforts  fournis et noter la nette croissance qu’il y a par rapport aux cinq dernières années où le taux de bancarisation était à moins de 19%. Il est  évident aujourd’hui que le digital est l’élément qui va fortement impacter le secteur bancaire et améliorer le taux de bancarisation grâce aux  nombreuses barrières qu’il permet de lever. Le digital rapproche, donne  plus d’opportunités et donc de possibilités. Grâce à lui, on peut arriver à  toucher et à servir plus facilement un grand nombre. 

La croyance populaire veut que les banques, pourtant sur liquides, ne financent que les grands entrepreneurs. Que faut-il  pour que les banques financent des projets au lieu de financer  des garanties ? 

J’aime cette question et j’aime le fait que vous précisiez qu’il s’agit de  “la croyance populaire”. La banque finance. En juillet 2022, le volume  de crédit distribué dans l’économie camerounaise par les banques était  estimé à 4500 milliards. Cependant, les particuliers ne touchent que  19% de ce montant. Il faut savoir que la banque prend en compte certains aspects avant de décider de financer ou non un projet. La viabilité  du projet est le premier élément que nous considérons. Ensuite vient la  rentabilité et l’un des éléments qui n’est pas des moindres, est la source  du remboursement du crédit et enfin la durabilité de l’entreprise. La garantie n’est qu’un élément de second recours. Il y a plusieurs institutions  tels le Ministère des finances, la Banque Centrale et d’autres qui s’assurent que la  banque finance des projets. Mais ces projets doivent réunir un certain nombre de  critères. La banque fonctionne avec du liquide, constitué d’une part, par l’épargne  des clients qu’elle sert. Si la banque prend le risque de financer des projets  qui ne sont ni productifs ni pérennes, elle tourne à perte.

Vous êtes la 5ème banque la plus importante du pays (en termes  de résultat) mais seulement la 9ème en termes d’octroi de crédit. On a presqu’envie de vous demander quels sont les objectifs  d’UBA au Cameroun ? 

Comme je l’ai dit plus haut, les banques financent mais pas à leurs propres dépens. UBA n’a qu’une seule ambition c’est de servir le peuple camerounais au mieux avec un service de qualité adapté à leurs besoins.

On constate une féminisation des cadres dans le secteur bancaire. Pourquoi est-ce important de pérenniser ce mouvement ?

De plus en plus de femmes occupent de hautes responsabilités dans le secteur bancaire. Dans mon institution précisément, sur 4 postes de management, 3 sont occupés par des femmes. Nous nous en félicitons. Aujourd’hui, nous avons 3 femmes Directrice Générale de banque sur les 7 que compte le Cameroun. Les mentalités changent, les femmes prennent de plus en plus de responsabilités et sont plus audacieuses. Personnellement toutes les institutions bancaires par lesquelles je suis passée étaient dominées par les femmes. C’est important, parce qu’à termes nous devons créer une nouvelle génération de femmes encore
plus responsables.

Aujourd’hui UBA a la réputation d’être la banque des étudiants.  Est-ce le positionnement que vous avez choisi? 

UBA est la banque de tout le monde. C’est vrai qu’au début, la communication avait été très orientée jeunes, étudiants mais ils ne sont pas  notre seule cible. Il fallait intéresser les jeunes aux services bancaires  et inclure toutes les couches sociales dans notre développement. C’est  chose faite. 

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