NOURANE FOTSING, L’AUDACIEUSE

Nourane FOTSING

C’est une histoire peu commune, mais qui au Cameroun, en fait rêver plus d’une. D’ailleurs, pour commencer à raconter l’histoire de cette femme à qui rien ne fait peur, il est difficile de savoir par où commencer tant elle est dynamique. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, elle ne laisse personne indifférent.

AUDACIEUSE
Nourane MOLUH HASSANA epse FOTSING, est une entrepreneure de 33 ans qui ne cesse de se lancer de nouveaux défis. Tout a commencé avec Nourishka, marque commercialisant des produits de beauté. Au moment où elle pense à se lancer dans ce secteur, Nourane FOTSING décide de faire une étude de marché qui «confirme que les femmes aiment se rendre belles et être présentables», pour reprendre ses mots.
Elle continue en disant « j’étais certaine qu’en investissant dans le secteur de la beauté, j’aurai un business stable. C’est comme cela que j’ai commencé à vendre des extensions capillaires, et des produits cosmétiques à travers la marque Nourishka». Et elle avait vu juste. De manière générale, la beauté est le troisième poste de dépenses des femmes africaines, et représente ainsi 13% du budget de consommation de celles-ci.
Nourishka dont les produits sont fabriqués au Cameroun, en Chine ou aux USA, ne cesse de gagner du terrain et compte aujourd’hui cinq boutiques et dix-sept représentations. Nourane FOTSING réussit à faire la différence dans un secteur où la concurrence est de plus en plus rude. Elle veut s’adresser à toutes les femmes, en proposant des extensions qui sont à la portée de toutes les bourses. Sa clientèle est donc plus grande et surtout plus diversifiée que celle de ses concurrentes qui très souvent vendent exclusivement des mèches à une cible que l’on pourrait qualifier de premium.
Mais l’audace de cette serial entrepreneure ne s’arrête pas là. Mère de triplés dont le visage respire encore l’innocence, elle prend ses concurrents à contrepied et essaie de vendre ses mèches aux enchères sur Facebook en direct. Elle a su transformer son essai avec des audiences qui rendent même jaloux les télévisions locales. À l’époque, elle avait fait une observation empirique et avait noté que les réseaux sociaux avaient un impact sur les habitudes de consommation des femmes.
« Je me suis dit qu’il fallait une bonne stratégie pour pouvoir intéresser les personnes qui sont sur les réseaux sociaux, afin que celles-ci puissent acheter le produit tout en échangeant avec les gens », argue-t-elle. Et elle n’avait pas tort. Selon Ipsos, 48% des internautes africaines déclarent être influencées dans leurs décisions d’achats par les avis et les discussions qu’elles lisent sur internet. Nourane nous avoue aussi qu’elle voulait toucher plus de personnes : «J’ai surtout fait la vente aux enchères pour les clientes qui, à cause de leurs occupations quotidiennes ne pouvaient pas passer dans nos magasins parce que les heures de travail, notamment dans le secteur privé, sont souvent contraignantes », et cette cible a même droit à la livraison à domicile du produit sélectionné en ligne. Elle ajoute également que la vente en direct est un outil précieux parce qu’elle permet « de manière plus efficace de savoir ce qui marche ou pas, et de faire d’excellents sondages». Grâce à cette offre adaptée aux habitudes des consommatrices, elle arrive à augmenter son chiffre d’affaires, à se diversifier plus rapidement et à créer une ligne de produits cosmétiques dédiés à la femme africaine.

FOSTER…
Comme dirait la plèbe, FOSTER, c’est son nom de scène. Mais c’est aussi un mode de vie. Foster est un mot anglais qui signifie, favoriser,ou encore stimuler. Nourane FOSTER stimule la croissance. D’abord de ses propres activités, en décidant de se lancer dans la construction d’un appart hôtels aux allures chics. Quand on lui demande pourquoi avoir choisi de créer Nourishka Hotel, la réponse est ferme « Je suis une femme d’affaires, et en tant que telle je dois me demander quel est le secteur le plus porteur». Mais elle avoue aussi qu’elle voulait exprimer son côté créatif : « Quand vous allez dans un hôtel d’environ 50 chambres, vous avez la même chambre qui se reproduit. C’est assez monotone. Chez nous, chaque chambre à une ambiance particulière et différente de l’autre, pour que le client ait la sensation de vivre une expérience différente ».
Nourane FOSTER favorise le Made in Cameroon en valorisant la production
agricole locale. Résolument téméraire, elle a contribué à lancer AgriApp, une application qui connecte les agriculteurs camerounais à des acheteurs. Initiative utile, et à forte valeur ajoutée, surtout quand on sait que le pays perd 25%1 de sa production agricole après les récoltes par manque d’infrastructures de stockage. Ces pertes pourraient être évitées s’il y avait plus d’initiatives permettant d’encourager la consommation de la production locale.

DIFFICULTÉS
Malgré le fait qu’AgriApp soit une application porteuse, Nourane Foster avoue qu’en zone rurale, les gens ne sont pas toujours connectés. Elle nous confie que « parfois les agriculteurs se connectent seulement toutes les 2 semaines, alors que la demande est là ». Elle pense également qu’il y a un problème de perception. Selon elle « les gens ne comprennent pas toujours qu’internet permet de vendre des produits à travers le continent et même le monde. Sur AgriApp nous avons des personnes qui ont vendu des produits à des clients basés au Gabon ou au Congo ».
Mais au-delà de l’acculturation des agriculteurs, il y a aussi un réel problème de compétence. Dans un pays où 70% de la population est sous employée, l’offre d’emploi rencontre difficilement la bonne compétence.
« Nous avons des jeunes qui sortent des écoles munis de diplômes qui ne sont pas utiles ou qui ne permettent pas de trouver un emploi», déplore la cheffe d’entreprise. L’exemple concret, est assez proche des mythes car Nourane Foster nous confie embaucher plusieurs personnes qui ont des diplômes en droit, mais qui exercent des métiers qui n’ont pas de liens avec cette filière.
C’est avec le sourire que la serial entrepreneure avoue qu’elle ne
compte pas s’arrêter là, mais comme la majorité des jeunes qui ont des
projets, elle regrette le manque d’accompagnement financier.

Lire la suite en page 29 de votre magazine

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