LE BAR A LECTURE – Rita Dro, Fondatrice de l’association Notre Boîte à Livres

Rita Dro est une journaliste indépendante, blogueuse et avant tout  passionnée de livres et de lecture. Il y a à peine 1 an, elle décide de partager et de transmette cette passion pour le livre à travers un concept et une association dont elle la fondatrice. Notre Boite A Livres œuvre donc dans la promotion de la culture littéraire par le partage libre et gratuit de livres dans l’espace public. Rita Dro a déjà installé 9 micro-bibliothèques dans 3 villes de Côte d’Ivoire. Elle nous dit tout sur son association.  

D’où vient cette passion pour la lecture et la littérature en général ?
Je suis journaliste et l’une des essences de ce métier réside dans le reportage. Ce format repose à son tour sur un élément essentiel qui est la description. C’est pour moi un art qui s’apprend, se peaufine et se perfectionne pour mieux vendre son histoire, pour mieux faire vivre son reportage à un lecteur ou à un téléspectateur. Cet “art” trouve ses lettres de noblesse et de référencement dans les livres. C’est là ma source d’inspiration. Je suis une voleuse d’émotions, une piqueuse de belles phrases dans les livres.

Quels types d’ouvrages lisez-vous ? Et plus concrètement, en quoi le livre vous a aidé à vous construire ?
Je suis une grande fan de romans. Mon histoire d’amour avec les livres débute avec “Pierre et Jean” de Guy de Maupassant considéré par les français comme le dieu de la description. Puis, l’affaire s’est aggravée avec mon autre coup de cœur, cette fois-ci africain, “Les frasques d’Ebinto” d’Amadou Koné. Le mariage s’est consolidé avec la découverte de l’un de mes auteurs préférés, Yasmina Khadra. Monsieur Mohamed Moulessehoul, de son vrai nom,  sait décrire. Il sait vous vendre son Algérie chérie. Cet auteur plante le décor comme personne. Je l’adore. J’ai lu et garde jalousement tous ses livres dans ma petite bibliothèque.
Je considère les livres comme des mentors. Mon livre “constructeur” se nomme « La dernière nuit du Raîs » de Yasmina Khadra. Ce roman raconte la dernière  nuit du guide Mouammar Kadhafi à Syrte. Après avoir lu cette œuvre, vous vous abstiendrez de juger. Je suis devenue plus tolérante, moins carrée, plus ouverte. Il y a au-delà des leçons de morale, un grand cours d’investigation dans ce livre.

Vous n’êtes pas blogueuse littéraire, comment vous vient cette envie de faire la promotion de la lecture ?
J’ai commencé il y’a 4 ans à dévorer en petit nombre des livres qui se sont très vite entassés chez moi. Je ne voulais pas garder pour moi seule toutes ces resserves de connaissance, tous ces “mentors” chez moi. Je ne suis pas égoïste. Je cherchais une solution jusqu’à ce que je tombe sur le concept de la Boîte à Livre sur Facebook le 7 janvier 2019. Le mois suivant, j’ai installé une Boîte à Livres dans mon jardin de la Riviéra 3. Et depuis, nous allons de surprises en surprises !

Si « Notre boîte à livre » a du succès, c’est bien parce que les africains lisent plus qu’avant

Qu’est-ce qu’une boîte à livres, d’où vient le concept et quel est le principe de fonctionnement ?
Une boîte à livres est une micro bibliothèque de quartier. Elle contient des livres bien évidemment qui sont partagés en libre-service, gratuitement entre les habitants de la cité. Le principe de fonctionnement : le troc et le prêt. Vous avez lu un livre, une BD, un magazine, vous le déposez à la boîte et vous en prenez un autre. Avec les enfants, vu qu’ils n’ont pas de livres à échanger, nous leur permettons d’emprunter nos livres à condition de nous faire des résumés lors du dépôt.
Nous avons installé à ce jour 9 boîtes à livres à travers la Côte d’Ivoire : 5 à Odienné – au nord du pays, 3 à Abidjan – au sud et 1 à Danané – à l’ouest.

Comment gérez-vous le flux des livres, l’entretien et surtout le risque que la boîte à livres se retrouve sans livres ?
Nous avons la chance d’être accompagnés dans notre mission par les éditions KAILCEDRA et l’association AbidjanLit. Nos partenaires nous procurent les livres et nous approvisionnons nos boîtes par rotation. Les livres lus dans les quartiers de Yopougon sont remplacés par ceux lus dans le quartier de la Riviéra, ainsi de suite.
Pour l’entretien des livres, nous procédons avant l’installation de la bibliothèque par une sensibilisation des communautés. Nous insistons sur l’implication des parents et autres membres du quartier. Aux enfants et adultes, nous leur demandons de prendre soin des livres, ne pas les déchirer, ne pas écrire à l’intérieur. C’est un peu compliqué au niveau des enfants mais on s’en sort. Nous rattrapons vite les livres “malmenés”.

Qui constitue votre cible ? Et quel mécanisme mettez-vous en place pour susciter l’intérêt autour du livre ?
Nous ciblons les enfants et les adultes. Nous misons sur les sorties avec nos enfants chez des bénévoles. Ils adorent les goûters après nos différents ateliers. Nous axons nos suivis sur les activités comme la peinture, le théâtre, le chant, la danse, la cuisine,… Toutes ces activités à la fois ludiques et éducatives, sont greffées à nos ateliers. Et ça marche du tonnerre!
Avec les adultes, nous sommes en négociation avec des partenaires comme les maisons de téléphonie mobile, de transport en commun, des maisons de presse pour obtenir des pass internet, des carte de bus, des abonnements journaux, que nous pourrons faire gagner aux gens. Le concept sera : “Lis, résume et remporte des datas, rencontre ta star ou encore gagne une carte de bus ou encore un abonnement au journal de ton choix. Nous lançons le volet adulte très bientôt.

Faites une pause lecture dans notre rubrique « bar à lecture » 

 

Comment vous imaginez « Notre boîte à livres » dans 5 ans ?
Dans 5 ans, nous rêvons d’avoir au moins une boîte à livres dans chaque commune du pays. Dans 5 ans, notre Boîte A Livres deviendra un style de vie. Nous rédigeons actuellement un plaidoyer auprès des autorités afin d’inciter les promotions immobilières qui poussent comme des champions à installer obligatoirement une micro bibliothèque dans les quartiers naissants et existants. Nous proposerons ce plaidoyer auprès des députés pour le faire voter en assemblée. Dans 5 ans, vous aurez un concours national inter-villes/inter-quartiers de boîtes à livres. Wait and see!

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