Claudel Noubissié : « Notre système éducatif est inadapté. Les jeunes sont dirigés vers le salariat ou vers le chômage professionnel »

A 27 ans seulement, Claudel Noubissié est un véritable « homme-orchestre ». Diplômé de médecine, ce talent local n’aime pourtant pas qu’on l’appelle Docteur et a décidé de contribuer au développement de son pays d’une toute autre façon. Encore peu connu du grand public, il a pourtant de nombreuses réalisations à son actif, et ce dans plusieurs domaines (santé, social, coaching, etc). Entretien avec l’archétype du Serial entrepreneur.

Inspire Afrika Magazine : Bonjour Claudel, acceptes-tu l’étiquette de serial entrepreneur ?

Claudel Noubissié : On me colle souvent cette étiquette. J’aime plutôt me présenter comme un autodidacte, une personne qui est toujours à la recherche de connaissances dans plusieurs  domaines différents.  J’utilise ces connaissances pour améliorer mon quotidien et celui des personnes qui m’entourent.

IAM : Ton parcours attire particulièrement l’attention. Comment fait-on pour être à la fois médecin, écrivain, coach ? Ou trouves-tu le temps ?

CN : Pour répondre à ta question, je ne parlerai pas de temps, mais plutôt de motivation. Je suis poussé par une frustration par rapport à des phénomènes que j’observe au Cameroun et en Afrique, s’il faut généraliser. Le système éducatif est inadapté au contexte socio-économique, ce qui fait que les jeunes qui vont à l’école sont en majorité dirigés vers le salariat ou vers un chômage professionnel, parce qu’ils ont l’assurance que le fait d’amasser une pléthore de diplômes procure automatiquement les compétences nécessaires pour trouver un emploi.  Ce système est par ailleurs axé sur l’ultra-spécialisation : un médecin, peut difficilement répondre à des questions liées à l’économie ou la finance . Cette construction empêche les jeunes d’acquérir la culture de l’entrepreneuriat une fois sortis de l’école. Il faut pourtant beaucoup d’entrepreneurs locaux pour développer un pays et ces entrepreneurs ne peuvent vraiment émerger que s’ils ont des compétences et des formations dans plusieurs domaines. Je suis donc motivé par le besoin d’apprendre de nouvelles choses pour apporter des solutions aux problèmes de mon environnement.

IAM : Il y’a une phrase bien à toi qui revient souvent quand on te lit sur les réseaux sociaux : « J’ai vendu mon  lit ». Alors comme ça, tu ne dors pas ?

CN : (Rires)  J’aimerai avoir cette capacité, mais je reste un être humain. Cette phrase est une image, pour appeler les Camerounais à se réveiller. Savez-vous que le Cameroun importe 95% de ses cure-dents de Chine ? Sommes-nous incapables au point de ne pas savoir comment fabriquer des cure-dents? La plupart des secteurs industriels sont détenus par des multinationales étrangères, qui transforment nos produits et nous les revendent à des prix exorbitants. On doit entreprendre nous-même, parce qu’on en est capables.

IAM : Parles-nous de  Startup Academy,  en quelle année as-tu mis le projet sur pied ?  Et dans quel but ?

CN : Startup Academy existe depuis février 2016.  J’ai mis ce projet sur pied, parce que, comme je l’ai dit, il n’y a aucune école au Cameroun qui forme à entreprendre  et à devenir patron, les jeunes pensent que le seul moyen de réussir  est d’être salarié ou fonctionnaire. Un salarié n’est pas véritablement un acteur dans une société ou l’économie est détenue en grande partie par des expatriés. Grace à la startup Academy, nous cultivons l’intérêt des Camerounais pour l’entrepreneuriat .Nous voulons qu’ils prennent conscience qu’il y’a des opportunités énormes dans leur pays, ces opportunités d’affaire viennent du fait qu’il y ait encore beaucoup de problèmes à résoudre dans notre pays. Startup Academy organise des conférences et des séances de formations, qui outillent les personnes qui y participent sur  «  comment entreprendre », de façon pratique et efficace.

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IAM : Tu as des avis très tranchés sur les formations diplômantes. Peut-on réellement bien gagner sa vie au Cameroun ou en Afrique sans être diplômé ?

CN : Je n’ai rien contre les formations diplômantes, j’aimerai juste que l’on comprenne que le diplôme, ou la certification doit être accompagnée de compétences pratiques, sinon on court droit au chômage qualifié. Les jeunes doivent se former pour créer et non pour entrer dans une chaîne et reproduire des choses de façon automatique.

IAM : Combien de personnes avez-vous coaché jusqu’à présent ?

CN : Pour le moment, il y’a 350 personnes qui ont déjà participés aux conférences Startup Academy, 30 autres sont en cours de formation sur des modules de création d’entreprise.

IA : Avez-vous des retours concrets sur les formations ?

CN : Oui ! Nous avons 40 personnes qui ont déjà lancé leurs entreprises dans des domaines divers, sans financement il faut le préciser, parce que c’est sur cet aspect que se trouve la plus-value de nos formations.

IAM : Parlons de tes livres, combien en as-tu écris ?

CN : Il y’en a 3 pour l’instant, Le premier s’intitule «  Stop: Assez de mensonges sur Le VIH Sida. », parce qu’il y’a beaucoup de choses qui devraient être sues sur cette maladie. Le deuxième est : «  Le Marketing Hospitalier » qui parle de la façon dont on gère une personne en détresse avec du professionnalisme, c’est une chose qui manque dans nos hôpitaux, et le 3eme livre c’est «  Le jeune entrepreneur Africain ».

IAM : En 2014 tu créé SOS Médecins du Cameroun,  quel est le but de cette association ?

CN : Le but est tout simplement d’apporter des solutions à l’engorgement des salles d’attentes dans les hôpitaux, et d’améliorer le confort des malades, réduire les erreurs médicales, faire des suivis méticuleux des patients.

IAM : Sur quelles parties du territoire Camerounais est-ce que les actions de SOS Médecins du Cameroun sont menées ?

CN : Nos actions sont menées sur tout le territoire, grâce aux consultations en ligne qui se font sur notre service, « SOS Docta en ligne » et nous avons deux sièges, un sur Yaoundé et un autre sur Douala.

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IA : Quelles sont les difficultés que l’on rencontre dans la mise sur pied d’un tel projet ?

CN : Pour le moment, les difficultés sont matérielles, nous ne bénéficions d’aucune aide financière et recrutons des volontaires qu’ils soient du corps médical ou pas.

IA : Tu es assez jeune, et les personnes avec lesquelles tu collabores le sont aussi pour la plupart. Comment est-ce qu’on est perçu par les autres quand on a de telles réalisations à son actif ?

CN : En général, les personnes de ma génération pensent que je suis passé par des chemins de traverse  ou que je  me suis compromis pour  réaliser certaines choses. Je ne suis pas souvent pris au sérieux. Les personnes qui arrivent à mes conférences sont toujours surprises quand je leur annonce que je suis la personne qui vais m’occuper des formations. C’est la même chose lorsque  je vais à la recherche de partenaires. C’était difficile au début, mais grâce à ma capacité d’apprentissage, j’arrive à leur démontrer que j’ai les compétences pour accomplir les objectifs  que je fixe.

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