Baptiste Boittiaux et Benjamin Heyndrickx : « nous voulons mettre en lumière les petits artisans »

Benjamin (à gauche) et Baptiste (à droite), créateurs de la plateforme DOZA

Baptiste a fait une école de commerce en France, puis est parti pour l’Afrique du Sud lors d’un stage de fin d’études. Il en est revenu les étoiles dans les yeux, et un projet dans la tête : valoriser les petits artisans du pays de Mandela.
Benjamin, lui, est diplômé en marketing et communication d’une école de commerce française. Après avoir conseillé des grands comptes dans leur stratégie de communication pendant 2 ans, il rejoint Baptiste dans cette belle aventure Africaine. Depuis un an, les deux cousins vont à la rencontre des meilleurs designers Sud Africains, à travers la plateforme participative et éco-responsable DOZA.

Alors, DOZA ? De quoi s’agit – il et comment ça marche ?

Baptiste : DOZA est une plateforme qui promeut des artisans et designers Sud Africains qui ont un impact social positif au sein de leur communauté.  C’est une plateforme de production participative. L’objectif est de rassembler à l’aide d’une campagne éphémère, une communauté de personnes intéressées par un produit pour en lancer la production. On travaille avec des créateurs de mode, de décoration, de bijoux, en bref, tout ce qui tourne autour du design Sud Africain.

Que signifie DOZA ?

 Benjamin : On cherchait un nom sympa pour la structure, quelque chose de frais et drôle à la fois. Baptiste a eu la bonne idée de penser à DOSA, qui signifiait Designers Of South Africa. Après avoir regardé sur Google, nous nous sommes aperçus que DOSA était une crêpe indienne. Pas terrible en termes de référencement. Finalement nous avons changé le SA en ZA, qui a une signification en Afrique du Sud. Le .za est l’équivalent du .fr Français.

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Des bracelets de la marque Nomi Handmade

Compte tenu du processus de commande et de livraison qui est plutôt long, comment fait-on si l’article ne convient pas ? Peut-on quand même se faire rembourser ?

Baptiste : Bien sûr. Nous ne pouvons pas échanger les articles, parce qu’ils sont faits sur demande. Si on a 50 commandes, on aura 50 articles. Par contre, si l’article ne va pas, on rembourse et on reprend l’article. L’objectif aujourd’hui c’est de limiter les retours. D’où la nécessité d’être le plus clair et le plus précis possible dans les fiches descriptives de nos produits.

Benjamin : Nous pensons à créer une section e-shop sur le site, pour écouler les retours et les invendus. Mais pas seulement. Ce sera aussi l’occasion de remettre en vente des produits qui ont été plébiscités au cours de précédentes campagnes. Une manière de répondre à la demande de manière différente.

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Pourquoi avoir opté pour un système de production participative plutôt qu’une plateforme e-commerce basique ?

Baptiste : Au début, nous voulions créer une plateforme e-commerce classique. Simplement, nous nous sommes rendus compte qu’acheter 5000 à 10 000 euros de stock représentait un gros risque pour nous. Cette somme nous ne l’avions pas. Par ailleurs, elle ne nous aurait servi qu’à acheter le stock et à financer le site internet. À peine…

Benjamin : La seconde raison était le besoin de nous adapter aux capacités de production des artisans. La production participative est le meilleur moyen d’y arriver, car nous pouvons promouvoir n’importe quel designer, même le plus petit. Il faut savoir que tous les designers ne sont pas capables de produire de gros volumes et d’effectuer des réassorts mensuels. Aujourd’hui, c’est cette formule qui leur convient le mieux. Ils préfèrent répondre à une commande groupée, et produire à la demande. Les règles sont claires et établies dès le départ : ils savent qu’ils auront 10 jours pour produire, et ils connaissent le nombre d’unités minimal et maximal qu’ils doivent produire.
Et puis on trouvait la démarche plus ludique et plus intéressante. Sur DOZA, chaque utilisateur a son profil personnel, il peut partager ses produits coup de cœur et voter pour les produits qu’il aimerait voir dans les campagnes suivantes.

Un des challenges de l’industrie de la mode africaine est d’améliorer la capacité de production des artisans.  Avec des initiatives comme la vôtre est ce qu’on n’est pas finalement entrain de les empêcher de passer à la vitesse supérieure ? Puisqu’on les encourage à produire en petites quantités …

Benjamin : Le but pour nous est vraiment de travailler avec de petits artisans. En Afrique du Sud, il existe aussi de très grosses marques capables de satisfaire une demande internationale. Notre objectif est ailleurs. Nous voulons mettre la lumière sur ceux qui sont petits, pour que justement, ils puissent être repérés par des boutiques ou des enseignes connues, et qu’ils puissent grandir à leur tour. Ce que nous leur proposons, c’est une vitrine pour s’adresser au marché français qu’ils ont du mal à toucher tout seuls. Grâce à notre plateforme, ils gagnent du temps et de l’argent.

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Quels sont les frais qui sont pris en charge par DOZA ?

Baptiste : Une fois que la campagne est terminée et les unités produites, notre transporteur en Afrique du Sud prend le relai et nous envoie le tout ici. Tout ce que l’artisan doit faire c’est assurer la production. Nous payons la livraison d’Afrique du Sud vers la France et la livraison ici en France.

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Trousse de toilette de la marque Wolf & Maiden . Elle est cousue à la main.

Vous faites de la curation de designers Sud Africain en local. Quels sont vos critères de sélection ?

Baptiste : Le sourcing se fait au quotidien via les réseaux sociaux ou les plateformes de design sud africain. Nous sommes constamment dans la recherche. Quand une marque nous plaît et correspond à notre positionnement (taille, impact social, processus de production, etc.), on la contacte. Puis, on envoie au designer notre site internet et le cahier de charges de DOZA qui décrit comment travailler avec nous. Si il est intéressé, on se rencontre physiquement ou virtuellement, puis il nous envoie des échantillons qu’on présente à notre communauté. Là on a une cinquantaine d’artisans avec qui le contact est déjà établi.
Benjamin : Nous choisissons des produits mixtes. Nous ne nous adressons pas uniquement à des consommateurs noirs ou a des consommateurs blancs. Nos produits sont destinés à toutes les communautés.

Vous avez initié une campagne de crowdfunding réussie en Mai dernier. Avez-vous des secrets à partager pour réussir sa campagne de financement participatif ?

Baptiste : La première chose c’est de préparer sa campagne bien en amont c’est à dire au moins 2 mois avant le début. Une campagne de crowdfunding demande un investissement de tous les instants et est éprouvante psychologiquement : il faut matraquer, relancer, et ensuite chouchouter la communauté qui a participé en cas d’atteinte des objectifs. Côté argent, il faut éviter de demander un montant trop exorbitant …
Benjamin : Il faut s’assurer à l’avance de la présence des relais média. Les parutions doivent être planifiées en amont. Impossible de fonctionner sans planning ! Il faut se fixer des objectifs quotidiens et définir des étapes clés. Savoir quelles relances effectuer, quelles parutions partager, quelles vidéos poster, quels jeux-concours organiser, et surtout à quelles dates.
Les 4 premiers jours sont décisifs, car il faut avoir récolté 30% du montant global demandé. Sinon la campagne est mal partie. Ces 30% se récoltent auprès du premier cercle, celui des proches. Si ce n’est pas le cas, il sera difficile de convaincre des inconnus. Il est donc essentiel de frapper fort dès le début.

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Comptez-vous travailler avec d’autres pays que l’Afrique du Sud à terme ?

Benjamin : Nous avons commencé par l’Afrique du Sud parce qu’en termes de design ce pays est assez en avance par rapport aux autres sur le continent. Mais évidemment, le but sur le long terme c’est d’aller voir ce qui se passe ailleurs. Nous connaissons déjà quelques créateurs en dehors de l’Afrique du Sud qui seraient intéressés pour travailler avec nous. Mais il vaut mieux faire les choses petit à petit.

Comment voyez-vous DOZA dans 5 ans ?

Benjamin : On aimerait que DOZA soit un marketplace plus facile d’utilisation pour nos artisans, de manière à ce qu’ils deviennent plus autonomes. Qu’ils soient capables de gérer leurs campagnes de préfinancement, leurs objectifs, leur production. Cela permettrait de tisser une relation plus directe avec les clients.
Baptiste : L’idéal aussi sur le long terme serait d’ouvrir un atelier de production pour mutualiser les coûts et les efforts, afin de créer des synergies entre des différents profils créatifs et garantir une vraie qualité de production. Nous avons rencontré de nombreux artisans qui ne rêvent que de ça : trouver de bons ateliers dotés de machines et de matières premières de qualité.

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