MEIWAY « J’ai décidé de me célébrer vivant avant qu’il ne soit trop tard. 30 années de carrière, 30 ans de constance font de moi une légende. A prendre ou à laisser ! »

L’artiste Meiway, de son vrai nom Frédérique Ehui, revient sur le devant de la scène après 3 ans d’absence, avec un album intitulé « Légende », une occasion de se rendre hommage à lui-même pour célébrer ses 30 ans de carrière. Cet album de 16 titres permettra aussi de découvrir les voix de ses filles au travers des chœurs, une première dans la carrière du maître du « Zoblazo ».

Meiway est votre nom d’artiste. Quelle en est la signification ?
J’ai décidé contre l’avis de mes parents de faire de la musique. J’ai souhaité emprunter mon propre chemin, ce qui se dit en anglais « my way ». Étant originaire de la région du peuple N’zima, chez nous le « My » se dit « Mei ». Dans ma région, nous sommes d’origine anglophone, car nous sommes à la frontière du Ghana. Nous avons donc des mots à consonnance anglaise. « Meiway » signifie donc « mon chemin » car j’ai choisi mon propre chemin, la musique, bien que mes parents souhaitaient que je fasse autre chose.

Vous totalisez 30 ans de carrière, comment fait-on pour tenir aussi longtemps ?
Il faut se mettre à jour comme un ordinateur. Si vous ne mettez pas à jour l’ordinateur, il peut « bugger ». Lorsque j’écoute les musiques des plus jeunes, l’afro-trap par exemple, je me dis qu’il faut que je m’en inspire et que je les intègre à mon « zoblazo ». C’est de cette manière que l’on arrive à se maintenir un peu. Mais si l’on ne prête pas attention aux autres et que l’on estime que leur musique est nulle, on reste dans sa bulle et on s’éloigne de la réalité, ce qui fait qu’un jour ou l’autre, cette réalité nous dépasse et nous cantonne dans un registre ancien. Nous devons nous adapter à l’ère du temps en écoutant les musiques des plus jeunes voire en réalisant également des featuring avec eux.
S’il existe un secret dans ma longévité je pense que c’est celui-là. Je me suis toujours adapté aux courants musicaux qui font la tendance.

Votre dernier album « Légende » sorti fin 2019, fait suite à « Illimitics » sorti en 2016. Pourquoi avoir attendu 3 ans pour sortir un album ?
Le monde du ShowBiz est en pleine crise. Quand je parle de crise je dirai clairement que nous sommes en pleine mutation technologique. Me concernant, j’ai connu l’époque de mes parents où les cassettes n’existaient pas encore. Ensuite à notre époque elles sont arrivées, suivies des CD et des DVD. Aujourd’hui nous sommes passés au numérique notamment grâce à nos smartphones qui nous donnent accès aux réseaux sociaux. Tout se fait avec un smartphone de nos jours. Celui qui ne s’adapte pas s’en sort difficilement. Cette mutation fait que beaucoup de choses nous échappent d’une certaine manière, à nous de l’ancienne génération. L’adaptation se fait donc difficilement car nous ne pouvons pas non plus faire exactement comme les jeunes. Par exemple, je viens de sortir un album.  De nos jours la tendance est plutôt de sortir avant tout un single. Mais qui dit single dit « dictature » dans le sens où lorsqu’un son sort, libre aux personnes de l’écouter ou non. Alors que celui qui sort un album de 16 titres comme moi par exemple, est plutôt « démocrate » car propose plusieurs titres, et chacun est libre d’écouter ce qui l’intéresse. Ma génération est plus ou moins restée dans ce format. De plus, à la base mon « Zoblazo » est très varié donc je ne peux imposer quelque chose.
La mutation implique une réflexion plus profonde sur la manière de joindre les jeunes et les moins jeunes, afin de conquérir de nouveaux fans. Elle pose aussi la question du financement de l’album. On ne vend plus comme avant, et nous sommes en plein dans l’ère du streaming. Que rapporte-t-il réellement ? Avant, quand on vendait un CD, les bénéfices étaient plus directs, plus conséquents, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Nous avons moins de moyens, et c’est aussi pour cela que j’ai mis plus de temps à sortir ce nouvel album.

Que nous livre cet album « Légende » ? La légende dont il est question est-ce vous ?
Absolument ! Je pense qu’il est parfois important de se faire plaisir plutôt que d’attendre que les autres nous fassent plaisir. C’est d’ailleurs recommandé dans notre monde du « Show Biz ». Et vous savez pour quelle raison ? Malheureusement parce qu’en général dans ce milieu la tendance est plutôt d’honorer les artistes après leur décès en disant ceci : « c’était un grand chanteur, il a fait du bien… ». En ce qui me concerne, je n’attends pas le jour de ma mort, j’ai décidé de me célébrer vivant avant qu’il ne soit trop tard. 30 années de carrière, 30 ans de constance font de moi une légende. Je m’auto proclame légende,  à prendre ou à laisser !

Sur l’un de vos titres, vous avez chanté avec vos filles, pourriez-vous nous expliquer ce choix ?
Oui j’ai chanté avec mes 3 filles Sarah, Astrid et Joanna pour la première fois sur mon album. J’ai toutefois déjà été amené à faire un featuring avec ma fille ainée Sarah, connue sous le nom d’artiste Lyn Mary, sur son album. Lyn Mary fait du Gospel. Mes parents m’ayant empêché de faire de la musique, je me suis demandé si j’allais à mon tour empêcher mes enfants de suivre leur passion. J’ai finalement encouragé ma première fille et lui ai promis de l’accompagner en studio à condition qu’elle termine ses études, ce qu’elle a fait. Je l’ai donc accompagné en studio pour enregistrer son premier album. Ses sœurs aiment chanter, mais ont décidé de suivre une autre voie. Pour me faire plaisir et pour leur faire plaisir étant donné qu’elles ont la fibre musicale en elles, je leur ai proposé de faire des chœurs sur certains titres. Elles l’ont pris avec joie. J’ai vécu une superbe expérience qui m’a permis de partager cette passion avec des personnes que j’aime, mes filles. Je ne le regrette pas. D’ailleurs aujourd’hui, beaucoup de personnes souhaiteraient travailler avec elles.

Cet album intitulé « Légende » à l’issue de 30 ans de carrière et sur lequel vous invitez vos filles, annoncerait-il la fin de cette carrière ?
C’est possible ! Je reste en effet persuadé que nous n’avons pas notre destin en main ! C’est Dieu qui est au-dessus de nous. Il est le seul à savoir quand je partirai et où j’irai. Peut-être demain, après-demain ou dans quelques mois, je n’en sais rien ! Tant que j’ai encore la chance d’être en vie, je profite au maximum. Et si les choses devaient s’arrêter aujourd’hui, je n’aurai aucun regret. Cet album pourrait aussi être mon dernier, mais pas la fin de ma carrière. Pour revenir d’ailleurs à votre question sur le fait d’avoir attendu 3 ans, et par rapport aux mutations technologiques que j’évoquais, il se pourrait d’ailleurs que je sorte des singles pour me mettre à la page comme le fait la jeunesse.

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Vous nous avez confié vous inspirer aussi de la jeunesse. Que pouvons-nous donc écouter dans la playlist de Meiway ?
Je n’ai pas de limites en termes de choix. Je suis quelqu’un qui aime la musique. Toute sorte de musique peut donc m’interpeller, qu’il s’agisse de Salsa, d’Afro Trap, de Naija, de Coupé Décalé. Tant qu’elle est réalisée de façon professionnelle et qu’elle se rapproche de la perfection, j’aime ça ! Lorsqu’on écoute certains artistes, on comprend tout de suite qu’ils se sont « assis » pour travailler, qu’ils ont « bossé » chaque détail. Quant à d’autres lorsqu’on les écoute, on a le sentiment qu’ils sont entrés en studio et ont improvisé quelque chose. Et tout cela, le musicien que je suis l’entend. Ma playlist peut ainsi aller de Maitre Gims à Lokua Kanza pour la qualité de la voix, en passant par Youssou N’dour ou encore Richard Bona, pour revenir à Alpha Blondy pour ses messages, sa mélodie ainsi que sa voix.

Quels conseils donneriez-vous aujourd’hui aux jeunes artistes qui se lancent dans la musique ?
Une chose à retenir est que faire de la musique signifie exercer un métier. Retenez qu’un dentiste ne sort pas de chez lui du jour où lendemain pour ouvrir la bouche d’une personne. Il suivra en premier lieu des études spécifiques puis une formation pratique. Le principe est le même pour la musique qui est l’un des rares métiers où l’on arrive en improvisant, sans apprentissage, sans formation. Beaucoup improvisent et jouent avec notre métier la plupart du temps voulant faire la une d’une radio, d’un magazine ou d’une chaine télé. Ces personnes pourront marquer le coup une fois, mais ne pourront pas perdurer dans leur succès. C’est difficile.

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“Le plus difficile est en effet de « marquer le coup » une seconde fois et d’enchainer les succès. Celui qui parvient à le faire est celui qui a appris le métier.”

Donc à tous les jeunes qui souhaitent évoluer dans la musique et perdurer dans le temps, apprenez-la ! Cela passe par les conservatoires, par les chorales voire suivre un groupe orchestral dans les cabarets en assistant aux répétitions. C’est de cette façon qu’on apprend le métier. Me concernant je suis un autodidacte. Je ne suis pas passé par le conservatoire. J’ai appris à jouer de la guitare au départ avec celle d’un copain en l’observant et à force de travailler mes accords avec lui. A force de travailler, j’ai aussi appris à jouer de la guitare basse, de la batterie, à faire des harmonies de chorale. Aujourd’hui rien ne m’est étranger. Je fais des arrangements pour mes morceaux et peut même demander au guitariste de jouer quelque chose de spécifique qui me vient à l’esprit. Si vous contrôlez votre business vous pourrez à tout moment faire succès.

Qu’auriez-vous à nous dévoiler sur vous qu’on ne sait pas ?
Oh mon Dieu ! Si les gens ne me connaissent pas et que je me dévoile je deviendrai une cible (rire). Pour que l’on tire sur toi il faut que l’on sache où tu es caché !
Je pense que l’on connait l’essentiel de moi. Je suis quelqu’un de vrai dans ma façon d’agir et de vivre. Je suis sincère. A chaque fois que j’ai donné une interview et que l’on m’a posé des questions, il n’y a jamais eu de sujets tabous. J’estime que les artistes comme moi doivent servir d’exemple car nous sommes des leaders d’opinion. Certaines personnes rêvent de faire comme nous. Nous devons donc servir d’exemple, et pour cela il est nécessaire de donner les conseils qu’il faut par rapport à notre propre vie. Il est inutile de mentir car ceux qui nous connaissent de très près pourront démentir nos propos. Je n’irai pas jusqu’à aller dans les détails de mon intimité mais en majorité tout le monde sait qui je suis, l’homme que je suis.

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