AURÉLIE GUIFO «IL FAUT GRANDIR AVEC SON ÉQUIPE»

Aurelie Guifo

La conformité n’a presque plus de secret pour celle qui en a fait sa passion par un coup de hasard. Son travail ardu et sa ténacité lui ont valu de grimper les marches de l’une des institutions bancaires les plus en vue du Cameroun. En 13 années de carrière, Aurelie Guifo tient les reines du service conformité de Banque Atlantique avec délicatesse et fermeté, tant qu’il n’y a pas de pépins, elle peut dormir sur ses deux oreilles. Ambitieuse, toujours nourrie par la curiosité et l’apprentissage continu, elle sait qu’elle obtiendra toujours l’objet de sa quête par le travail.

Comment définiriez-vous votre métier ? Êtes-vous des juristes ou c’est bien plus que cela ?

Mon métier est globalement axé autour de la gestion du risque de non-conformité auquel la banque peut faire face ; en effet, mon département est chargé d’éviter à l’établissement financier toute sanction pénale, administrative ou judiciaire qu’il peut encourir lorsque dernier va à l’encontre de certaines procédures internes , lois et règlements. En d’autres termes, mon département doit se rassurer et rassurer sa Direction Générale que la banque n’enfreint aucunes des règles qui régissent son activité. La conformité, contrairement à la pensée populaire, n’a rien à voir avec le juridique. Nous sommes complémentaires mais différents ; la veille juridique est une mission de la conformité qui doit régulièrement être au fait des dernières innovations réglementaires bancaires afin de pouvoir s’y conformer.

Vous avez une forte passion pour le secteur bancaire. Qu’est-ce qui a motivé votre choix de carrière ?

J’ai un master en droit des Affaires ; en 2008, je rentre au Cameroun après avoir obtenu mon diplôme et travaillé un an en France. A ce moment-là j’ai deux options : soit rester définitivement au Cameroun et trouver du travail ou immigrer au Canada. L’opportunité de travailler en banque s’est vite présentée, j’ai choisi de la saisir et de rester. Le challenge du projet d’implantation d’une nouvelle banque ma tout de suite plu, treize ans plus tard, je ne regrette pas du tout mon choix.

D’après-vous, quels sont les critères indispensables pour pouvoir exercer votre métier ?

Beaucoup de curiosité. La banque est composée de plusieurs métiers notamment la finance, le droit, le crédit, la communication, et bien d’autres encore. En tant que Compliance officer vous devez avoir une vue à 360 degrés sur l’ensemble de ces activités et des connaissances dans tous ces domaines. La maîtrise de la réglementation en vigueur, la curiosité ainsi qu’une connaissance du marché qui est constamment en évolution vite sont des atouts pour exercer ce métier ; Nous devons veiller, alerter sensibiliser et former au quotidien l’ensemble des parties prenantes du conseil d’Administration aux collaborateurs en passant par nos clients.

Quels sont les aspects de votre travail qui vous passionnent le plus ?

Le contact. L’apprentissage continu est indispensable, il y a de nouvelles réglementations qui entrent en vigueur constamment et les formations de mise à niveau favorisent le contact avec les différents acteurs. Ensuite, la transversalité qui va elle aussi favoriser le contact. Comment restez-vous motivée et inspirée malgré les défis que vous rencontrez dans votre carrière ?
Pour rester motivée, je garde ç l’esprit l’objectif que je me suis fixée et j’avance ; il ya des jours ou cela est plus difficile que d’autres mais le plus important est de rester en mouvement. Ce qui me galvanise c’est aussi la volonté de bien faire tout en essayant d’apporter ma petite pierre à l’édifice. Voir comment les choses se mettent en place progressivement et observer notre évolution sur le marché depuis une dizaine d’année ne peut que m’encourager à faire de mon mieux.

Aurelie Guifo
Aurelie Guifo

Qui dit conformité, dit régulation. Le dynamisme de la zone CEMAC est visible. Comment faites-vous pour rester à la pointe des évolutions règlementaires ?

Il y a plusieurs leviers pour rester à la pointe de l’évolution réglementaire entre autres, une veille juridique active, le networking, la collaboration avec les autres acteurs de conformités de la place . Nous avons également de plus en plus de groupes de travail où les échanges productifs sont fréquents. Nous travaillons avec le service juridique et généralement lorsqu’une nouvelle réglementation entre en vigueur, ils nous font parvenir l’information et vice versa. Enfin il est important de participer aux différentes réunions avec les régulateurs.

En tant que cheffe de département vous êtes souvent amenée à prendre des décisions fermes. Quel est votre style de  leadership ?

Je favorise un management participatif. Je suis de ceux qui pensent qu’il faut inclure tout le monde dans le processus décisionnel. Il est important de permettre aux collaborateurs d’exposer leur point de vue même si la dernière décision et la stratégie sont de mon ressort. Il faut grandir avec son équipe et une seule main n’attache pas le fagot de bois dit-on.

Dans le secteur bancaire en Afrique, moins de 20% des membres des conseils de direction sont des femmes. Comment faire pour se rapprocher de la parité ?

De mon point de vue, c’est une volonté managériale liée à la culture de l’entreprise. Cependant, nous devons reconnaître que par rapport aux dernières années, il y a une nette amélioration. Dans mon établissement bancaire, nous sommes six femmes à occuper des postes managériaux sur 15 personnes. C’est déjà mieux qu’hier et nous espérons que cela va perdurer.

En Afrique subsaharienne, seulement 37 % des femmes ont un compte bancaire, contre 48 % des hommes. Quel rôle peut
jouer la réglementation pour améliorer l’éducation financière des femmes au Cameroun ?
La réglementation évolue en fonction des besoins de la population et du temps. Il y a une méconnaissance de la réglementation par la population qui ignore l’ensemble des services proposées par les institutions bancaires.

Les produits bancaires aujourd’hui sont accessibles à tous et à moindre coût mais est ce que les populations sont au courant?

Généralement non. Sur qui devrons-nous tirer ? Toutes les parties sont et doivent s’impliquer dans la communication. Les clients doivent se rapprocher des services bancaires pour obtenir les informations valables et les banques doivent amplifier une communication adaptée autour des services et produits. Toujours est-il que les efforts fournis jusqu’ici ne sont pas vains, on note une amélioration constante du taux de bancarisation globale de la femme et cela est fort appréciable.

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