Vers un nouveau rêve pour l’Afrique…et le monde

Une crise politique, économique et morale sans précédent secoue actuellement nos sociétés modernes. En effet, mélancolies démocratiques, inégalités grandissantes et décadence morale semblent aujourd’hui faire le lit d’extrémismes politiques, de récessions économiques, d’intolérances culturelles, religieuses et identitaires mais aussi de catastrophes écologiques et humanitaires en tous genres. Réenchanter le monde pour renouer avec une autre vision de la morale, de la politique, de l’économie ou encore du droit devient une urgence. Destinée à abriter 1/4 de la population mondiale en 2050, l’Afrique a inévitablement un rôle essentiel à jouer dans ce mouvement. Il s’agit même d’une occasion inespérée pour l’Afrique d’être le laboratoire planétaire d’une nouvelle espérance.

Mais pour réenchanter le monde ou tout au moins y contribuer, l’Afrique devra d’abord et avant tout se réenchanter elle-même. « Sortir de la pauvreté » n’est malheureusement pas un idéal suffisament engageant pour mobiliser des nations et susciter la créativité de leurs peuples. Politiques, activistes, entrepreneurs, artistes et intellectuels africains du Continent ou de la diaspora se doivent désormais en pensées et en actions de répondre à la question suivante: quel rêve pour construire la société africaine du 21ème siècle? Si nous échouons, l’explosion démographique que connaîtra le Continent rimera avec fracture technologique, paupérisation urbaine ou encore fragmentations politiques. Mais, si nous réussissons, nous pourrons miser sur les innovations disruptives et durables qui naitront de la créativité d’un réservoir infini de talents massés autour de corridors urbains attractifs et fonctionnels.

Dans cette ambition, un idéal doit nous guider. A l’image de l’ « American dream » américain ou encore du « Zhōngguó mèng » chinois (rêve chinois), les africains doivent se projeter dans le monde et dans le futur avec un idéal qui leur est propre. Et, sur ce point, nul besoin de réinventer la roue. A travers les générations et les époques, l’idéal d’une société participative, collaborative et multiculturelle au sein de laquelle notre humanité – non le progrès matériel – est le facteur essentiel d’harmonie, de prospérité et de solidarité a symbolisé et continue de symboliser le « rêve africain ». Certains de nos prédécesseurs l’appelaient « Ubuntu ». Nos contemporains au Rwanda ou au Kenya l’appellent respectivement « Agaciro » et « Harambe ». Ainsi, là où le rêve des Lumières sanctifie la quête isolée d’un bonheur matériel éphémère,  le rêve africain consacre la quête d’un bonheur « holistique » durable.

Une telle aspiration se construit aussi autour de valeurs communes dont l’une d’elles occupe une place centrale: l’équité – équité entre territoires, équité entre couches sociales et ethniques, équité entre générations. Avoir le sens de l’équité nous rend sensible aux discriminations, inégalités, intolérances et atteintes de toutes sortes. Avoir le sens de l’équité implique également un certain attachement à la diversité, la solidarité et au consensus. Dès lors, l’architecture institutionnelle et légale qui sous-tend nos différentes structures sociales – de la famille à l’ONU en passant par le clan, le marché, l’Etat ou encore l’UA – se doit d’incarner cet idéal, ces valeurs, cette nouvelle espérance.

Mais pour cela, nous devons aujourd’hui faire des choix :

  • Sur le plan politique d’abord, la politique en Afrique ne peut plus se limiter aux élections et encore moins aux élections présidentielles. Dialogue et consensus doivent revenir au cœur de la reconstruction quotidienne de nos États pour garantir la paix sociale. Cela doit se traduire au plan institutionnel par un accent mis sur la médiation sociale ou encore la participation active des citoyens à la gouvernance locale.
  • Sur le plan économique ensuite, force est de constater que non seulement l’accumulation frénétique du capital a montré ses limites mais également nos économies de rente basées sur l’exportation de matières premières ne créent pas de valeur sur le Continent et encouragent plutôt médiocrité et corruption. De même, il sera impossible de créer suffisamment d’emplois notamment publics pour salarier les 330 millions d’africains qui s’apprêtent à intégrer le marché de l’emploi en Afrique d’ici à 2025. Il convient donc de replacer le travail et surtout le mérite au centre de notre modèle de société. Plus encore, il nous faut repenser les formes de travail et explorer notamment dans le secteur informel et le numérique tous les schémas (coopératives, etc.) offrant plus d’équité dès le stade de la production tout en renforçant la solidarité dans la redistribution.
  • Sur le plan socio-culturel enfin, la question de l’identité africaine doit trouver dans l’éducation et la culture des territoires d’expression et d’affirmation. Aussi, la construction d’infrastructures de transport ou encore de santé devra venir « activer » des solidarités géographiques, économiques et intergénérationnelles jusque-là limitées et passives.

Toutefois, et nous en sommes conscients, passer du rêve à la réalité ne se fait jamais aisément. Construire des États forts dans un monde « privatisé », développer des secteurs agricoles et industriels décentralisés dans une économie intégrée de services ou encore bâtir des identités nationales et panafricaines dans un monde mondialisé sont autant de défis auxquels sera confrontée la concrétisation de notre idéal. L’histoire sur ce point n’offre pas de solutions clés en main et seul notre génie créatif sera capable d’apporter des réponses innovantes. Une fois n’est pas coutume, le monde est notre terrain de jeu et nous donne l’opportunité de le réinventer. Ensemble, osons donc bâtir cette nouvelle ère, celle du rayonnement du rêve africain en Afrique et pour le monde !

 

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