SUSU, LA SOLUTION SANTÉ PENSÉE POUR LES PROCHES DE LA DIASPORA AFRICAINE

Gagnante du SANOFI Challenge au forum Vivatech 2019, Bola Bardet est la fondatrice d’une entreprise d’un nouveau genre. SUSU est une innovation technologique dans le domaine de la prise en charge et de la couverture santé. Sa particularité est la dualité de sa cible. Le service proposé permet aux africains résidents dans les pays développés de prendre en charge la santé de leurs proches vivants en Afrique.

La Genèse

SUSU est née, comme plusieurs innovations d’une expérience personnelle, celle de Bola BARDET, sa fondatrice. En décembre 2017, son père est victime d’une crise cardiaque au Bénin. L’urgence de se faire opérer rencontre une suite d’insuffisances du système de santé local : « Il n’y avait pas de chirurgien cardiaque pouvant effectuer l’opération. Les formalités administratives pour l’évacuation sanitaire ont pris trop de temps, et il est malheureusement décédé», confie-t-elle avec beaucoup d’émotion. Ce drame familial lui a ouvert les yeux sur les manquements de la prise en charge sanitaire des personnes vivant en Afrique. « C’était une sorte de prise de conscience. J’ai compris que l’argent seul ne suffit pas à aider nos familles en Afrique, et qu’il y a surement plusieurs autres personnes dans mon cas». En effet, plus de 33 millions d’Africains vivant hors du continent s’occupent des questions de santé de leurs proches. L’idée de Bola est d’améliorer la prise en charge sur le terrain en assurant une meilleure qualité des soins tout en développant un réseau complet d’accompagnement du bénéficiaire auprès de différents professionnels du métier de la santé ; le tout avec le matériel adéquat. « Nous proposons à nos adhérents des combinaisons d’assurance et de services médicaux personnalisés. Cette combinaison est nécessaire parce que quand on souffre de diabète ou d’hypertension, il est préférable d’avoir un suivi médical adapté plutôt qu’une assurance qui peut coûter très cher », précise Bola. En résumé SUSU est un facilitateur de vie entre le client de la diaspora et son proche vivant en Afrique qui se veut inclusif.

Comment fonctionne SUSU 

SUSU est un service entièrement digitalisé dont la structuration permet de rassurer les clients. Pour le client qui est un adhérent vivant en Europe, SUSU est une plateforme qui lui permet d’y inscrire des renseignements basiques sur le bénéficiaire tels que l’identité et l’âge. Les options présentes sur la plateforme vont du programme de prévention sanitaire, à celle de la prise en charge et du suivi d’une personne malade. SUSU prend alors le relai sur le terrain et contacte le bénéficiaire pour lui faire passer une visite médicale à partir de laquelle un devis sera envoyé à la personne vivant à l’étranger.
Une fois que le devis est accepté, la prise en charge commence. D’après Bola, « Pour les personnes souffrant de diabète ou d’hypertension, maladies que nous ciblons particulièrement, nous offrons, quand l’option choisie le permet, un glucomètre ou un tensiomètre connecté au patient. L’appareil envoie alors des informations au souscripteur qui peut contrôler à distance les constantes de son proche ».

Pour le bénéficiaire, SUSU commence par lui faciliter l’appropriation de sa solution via une assistance personnalisée dès l’arrivée à l’hôpital. Le bénéficiaire peut aussi profiter des soins dans les meilleurs établissements hospitaliers de sa ville et être également suivi à domicile par des professionnels de la santé.

Le tarif va de 35 euros par mois (incluant prise en charge d’une maladie chronique et le suivi par une infirmière) à 120 euros (option qui en plus de l’offre basique, propose des soins à l’étranger ou une évacuation sanitaire selon l’urgence). Pour Bola, « Il est important de livrer des médicaments à domicile, pour être certains que les patients prennent de bons médicaments ». Et pour cause, 100 000 personnes meurent en Afrique à cause des faux médicaments, selon l’Organisation Mondiale de la Santé.

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Les difficultés 

Aucune entreprise n’est à l’abri de contraintes, mais la conversion de contraintes en opportunités est aussi ce qui caractérise l’équipe de SUSU. Le premier obstacle vient du fait de partager ses données de santé. « Nous sommes jeunes, personne ne nous connait, et on parle de la santé des gens. Il nous est arrivé de rencontrer des personnes de la diaspora intéressées par le service, mais une fois que nous entrons en contact avec leurs proches en Afrique, ces derniers sont craintifs ».  De plus, les conditions légales pour faire parvenir du matériel médical et des médicaments en Afrique ont amené SUSU à travailler avec les meilleures entreprises locales dans le domaine de la santé mais aussi de la couverture maladie. C’est pour cette raison que la start-up s’entoure de partenaires sérieux qui ont déjà une forte expérience et une bonne réputation en Afrique tels que l’assureur Allianz, des cliniques spécialisées, des pharmacies, mais aussi des fournisseurs de matériels de santé. « Nous avons mis en place des critères de sélection de nos partenaires de santé, et avant de prendre contact avec eux, on s’assure qu’ils les remplissent », certifie Bola.

L’autre obstacle est lié au suivi des patients qui parfois oublient ou ne veulent pas aller à l’hôpital. La digitalisation permet à l’équipe de se positionner comme un facilitateur qui inspire confiance. Par exemple, pour prendre rendez-vous avec un médecin le patient passe par la plateforme. Déjà, lors de la première visite médicale du patient sur le continent, il y a une personne qui l’accueil pour l’accompagner dans toutes les démarches. Celle-ci s’assurera de scanner plus tard tous les documents remplis par celui-ci afin qu’il n’y ait pas de perte d’information. « Nous ne sommes pas médecin. Nous sommes là pour assister nos clients à travers leur parcours médical. »

Les perspectives 

La start-up a opéré son lancement au début du mois de Juin 2019 en Côte d’Ivoire et en France. Le choix de ces deux pays se justifie par la croissance et la bonne exposition de la Côte d’Ivoire qui lui confère un statut de marché-test : « c’est un pays qui a une belle croissance et qui a belle exposition internationale. De fait, c’est intéressant d’y lancer des innovations », rassure Bola.
Pour le démarrage « on se focalise sur le diabète et l’hypertension qui sont deux maladies chroniques », nous confie la cheffe d’entreprise qui emploie aujourd’hui une dizaine de personnes réparties entre Paris et Abidjan. L’objectif à court terme est de satisfaire les 50 clients abidjanais en misant sur un service de qualité. Cette approche leur permet aussi d’apporter rapidement des solutions en cas d’aléa. Leur premier partenaire en Côte d’Ivoire, la Polyclinique Farah à Abidjan, dispose du plateau médical et logistique pour garantir le niveau de performance visé. Dans un moyen terme, la start-up pourrait s’ouvrir à plus d’opportunités au fur et à mesure qu’elle maîtrise son marché et son environnement « D’ici la fin de l’été, nous pourrons ouvrir le service à plus de clients », certifie Bola.
D’une manière générale, plusieurs solutions technologiques pensées par les Africains vivant dans des pays développées sont réalisées.

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Et à ce propos, Bola BARDET est convaincue que l’Afrique peut se servir de la technologie pour rattraper son retard sur le monde, « mais pour cela, il faut que les solutions technologiques soient proposées par des africains pour résoudre des problèmes spécifiques à l’environnement africain. Le copier-coller des solutions existantes en Occident ne peut pas toujours marcher chez nous», insiste-t-elle.  Ce point de vue positif interpelle aussi sur l’océan d’opportunités que représente l’Afrique pour les entrepreneurs.

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