QUAND LES CAMEROUNAIS ACHÈTENT SUR INTERNET…

Crédit Photo - Willy Ndao pour OuiCarry

11% des camerounais ont accès à internet mais seulement 2% de la population effectue des achats en ligne. Dans le cadre du projet e-post, qui a pour but de numériser et interconnecter les 234 bureaux de poste du pays, le gouvernement a mis en place un Datacenter. Le ministre camerounais des Postes et Télécommunication a précisé que celui-ci était « prédisposé à héberger les plateformes de l’e-commerce, e-banking, e-money, e-santé, e-éducation et e-governement ». La volonté du pays d’investir dans l’économie numérique est claire. Avec l’évolution des services de paiement en ligne, de plus en plus d’entrepreneurs investissent dans le secteur du e-commerce au Cameroun.

L’e-commerce au Cameroun s’est premièrement développé autour des réseaux sociaux. Les boutiques en ligne se sont développées majoritairement sur Facebook. Utilisant les pages pour présenter leurs produits, les vendeurs conviennent alors des prix et des lieux de livraisons avec le client. Le même principe se développe désormais sur Instagram. Pour s’adapter au secteur et aux taux faibles de bancarisation, les premiers véritables sites d’e-commerce ont été des sites d’annonces mettant en relation vendeurs et acheteurs. Kerawa ou encore Sellamquick sont les pionniers du marché. En 2013, Anaïs Tchienda lance Wandashops, un site internet qui permet de commander des produits en ligne et de payer à la livraison. Seulement, les tarifs sont souvent élevés et peu de camerounais peuvent se le permettre.

Le salaire moyen au Cameroun est de 32.670 FCFA, et selon le Bureau International du Travail (BIT), près de 6 millions de camerounais seraient en sous-emploi. Africashops exploite la même idée mais en s’associant à plus de vendeurs.

L’arrivée d’Africa Internet Group va apporter un souffle nouveau au secteur. Avec Jumia et Kaymu, les commerçants disposent désormais d’une vitrine en ligne pour exposer leurs produits. Les paiements peuvent se faire à la livraison, par dépôt à la banque ou en ligne grâce au système Kaymu Safe Pay. L’autre grand acteur du secteur est le groupe Casino avec les services de Cdiscount.

Selon une enquête de Kaymu, leader de l’e-commerce dans le pays, les services d’e-commerce sont utilisés majoritairement par les 25-34 ans (35%), suivis par les 35-44 ans (26%) et les 18-24 ans (20%). Les hommes sont plus nombreux à utiliser ces services ; 61% contre 39% de femmes. Les villes principales du pays, Douala et Yaoundé sont sans surprise celles où les services sont le plus utilisés. On peut néanmoins observer une grande proportion d’utilisateurs dans le Nord du pays avec 9% d’utilisateurs à Maroua (Extrême-Nord) et 6% à Ngaoundéré (Adamaoua). Les camerounais commandent majoritairement des produits high-tech et des accessoires de beauté (vêtements, maquillage, parfums et bijoux). L’ordinateur est dans 70% des cas le moyen utilisé pour accéder aux sites de vente en ligne. Le paiement à la livraison est le moyen de paiement le plus utilisé. Outre le fait qu’il soit pratique pour une population utilisant peu les cartes bancaires, il offre un sentiment
de sécurité aux utilisateurs.

Le commerce en ligne a de belles perspectives au Cameroun. La même enquête de Kaymu prévoit une augmentation de 75% des chiffres du e-commerce au Cameroun en 2016. Tidjane Deme, ex-Directeur Google Afrique francophone a déclaré lors d’une interview accordée au site Ecofin : «Il y a un certain nombre de pays que je regarde aujourd’hui avec beaucoup d’envie. Prenez un pays comme le Cameroun, dont le niveau de formation universitaire est élevé. Le niveau d’alphabétisation
est très élevé et le pays est bilingue. C’est un cocktail formidable pour réussir sur internet. Mais la connectivité est un énorme problème. Résolvez les problèmes de connectivité du Cameroun et vous avez un champion potentiel de l’internet. »

Outre les coûts de connexion élevés, les camerounais sont sceptiques face au e-commerce à cause des prix pratiqués. Comme le souligne Danielle Ihbon, blogueuse multimédia basée au Cameroun, il est souvent facile de retrouver les mêmes produits sur le marché. Elle prend l’exemple de produits vendus à 17.000 FCFA sur le site de Jumia contre 10.000 FCFA sur les marchés ou de ballerines vendues à 8.000 FCFA sur une boutique Facebook contre 2.000 FCFA dans l’un des marchés de la ville. Pour ce qui est de Cdiscount, les délais de livraison allant de 30 à 70 jours découragent les plus patients des utilisateurs. Avec l’augmentation constante du taux de pénétration mobile (71% en 2015 selon l’Institut National de Statistiques), les sites d’e-commerce vont devoir de plus en plus s’adapter aux services mobiles et trouver des solutions pour y sécuriser les paiements. Grâce à la multiplication d’offres internet mobile, les camerounais vont de plus en plus se connecter sur leurs téléphones. Le rapprochement avec les développeurs de solutions locales de paiement mobile serait un plus. Aussi, pour poursuivre leur croissance, les acteurs du commerce en ligne au Cameroun gagneraient à développer des campagnes digitales sur les réseaux sociaux pour toucher toute cette génération de cadres de 25-34 ans qui aspirent à avoir les meilleurs produits dans les meilleurs délais aux meilleurs coûts.

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