M. SIDIBE, L’HOMME QUI ENSEIGNE SOUS DES BANANIERS A COCODY

C’est dans le quartier chic de la Riviera Palmeraie – Abinadère, à Abidjan, entre des duplexes luxueux et quelques habitations de fortune que, M. Sidibé, un enseignant à la retraite a construit de ses propres mains et avec une bonne dose de don de soi, « l’EPP Bananier ». Un temple du savoir peu conventionnel niché au milieu de plantes soigneusement entretenues. L’école tient sur environ 600 m2 et comporte quatre salles de classes faites de matériaux de fortune. Mais là n’est pas ce qui importe ! A l’EPP Bananier, la vocation, depuis plus de sept années est de transmettre le savoir et inculquer des valeurs aux enfants de familles démunies. De 15 enfants enregistrés à l’ouverture en 2011 – 2012, l’école passera à un effectif de 160 enfants pour la rentrée académique 2018.

A la découverte de « l’EPP-Bananier »

C’est par une publication sur Facebook que j’ai découvert l’existence de Monsieur Sidibé. En effet, c’est à l’issue d’une rencontre avec Diane Douayé – une travailleuse sociale, que la communauté web abidjanaise prend connaissance de l’existence de « l’EPP Bananier » et de son fondateur. Les clichés de l’homme de 65 ans, de ses apprenants et de son école suscitent la curiosité des internautes. Je décide donc d’en savoir un peu plus sur cet homme qui, il faut le dire, force l’admiration. Lorsque que je réussis sans trop de mal à obtenir ses coordonnées, c’est avec enthousiasme que l’enseignant retraité accepte de me rencontrer sur le site de l’école. Le rendez-vous est pris pour le mercredi 04 avril en début d’après-midi.
Dans ce quartier de la commune de Cocody où habitations, entreprises, lieux de commerce et établissements scolaires se côtoient, j’aurais manqué « l’EPP-Bananier » si l’enseignant n’avait pas été là pour me servir de guide. « Nous y sommes ! C’est ici. » ; m’a-t-il dit une fois devant le site de l’école. Des briques disposées et des fleurs font office de clôture à l’espace de 600 m2.

Pour les apprenants du CM, les cours sont dispensés à l’ombre des arbres, dans la cour de l’école

A l’entrée, une première baraque qui ressemble plus à un lieu d’habitation. Je n’ai pas le temps de formuler ma question que le vieil homme y réponds déjà : « oui, c’est ici que Monsieur Sidibé habite ». Sur le même alignement, quatre autres constructions faites de planches et de briques font office de salles de classes pour les élèves. La première salle est celle du CP1, la seconde pour le CP2, la troisième pour le CE et la quatrième salle pour les plus petits de la maternelle. Dans la cour, des bancs et tables sont disposés sous des bananiers auxquels sont accrochés des tableaux en plafonds noircis. « On dispense des cours ici également pour des élèves de CM » (cour moyen), m’informe mon hôte.
En guise de bureau, le fondateur de l’EPP-Bananier se contente d’une table et d’une chaise, disposées sous un manguier. « D’ici, je peux tout voir parce que je suis à la fois le directeur, le fondateur et le gardien de l’école.».
Un autre détail qui n’échappe pas aux visiteurs de l’EPP-Bananier : tout au centre du site, se hisse le drapeau Ivoirien qui rappelle le civisme auquel sont attachés tous les établissements scolaires du pays.
Mais une question demeure dans notre esprit : qui est cet homme ?

Une aventure en terre ivoirienne

Monsieur Sidibé est père de quatre enfants. Cet instituteur retraité d’origine malienne et de nationalité nigérienne, après environ 25 ans au service de l’éducation des jeunes au Niger, s’est retrouvé en Côte d’Ivoire en 1999. « A ma retraite ma femme et moi avons eu des problèmes, nous ne nous sommes pas entendus et nous avons divorcé. J’étais au bord de la dépression et un ami m’a proposé de venir en Côte d’Ivoire, histoire de changer d’air et me refaire. ».
Une fois à Abidjan, c’est d’abord dans la commune de Treichville que notre enseignant à la retraite et divorcé dépose ses valises. Il passera 11 ans dans cette commune en cumulant pas mal de petits boulots : vigile, serveur, technicien de surface, etc. Sa conduite, son niveau de langue et son état d’esprit vont attirer l’attention d’un bienfaiteur – feu François Abo Kouamé. Ce dernier est propriétaire d’une parcelle de terrain non encore exploitée dans la commune de Cocody – Riviera Palmeraie. « Il m’a demandé d’être le gardien du terrain. Le temps qu’il l’exploite ».
A son arrivée sur le lieu en 2010, monsieur Sidibé commence d’abord par planter des arbres et des fleurs pour embellir l’espace. Plus tard, lorsqu’il se familiarise avec la frange défavorisée des habitants du quartier, il se rend compte que la plupart des enfants issus de familles à revenus limités ne sont pas scolarisés. Les raisons ? « C’est le manque de moyens financiers parce que dans les environs, les écoles les plus proches sont des établissements privés. ». Bien entendu, à l’instar des autres communes du district d’Abidjan, la commune de Cocody compte quelques écoles primaires publiques. Mais, pour les enfants de la Riviera Palmeraie-Abinadère, la distance à parcourir est bien trop longue, surtout pour les plus jeunes. Aussi, faut-il tenir compte du fait qu’ils doivent « braver des voies avec des trafics denses » ; souligne l’enseignant.
C’est avec l’approbation de son employeur que, le gardien de la parcelle de terrain reprend ses habits d’instituteur à la rentrée scolaire 2011 – 2012 avec les premiers élèves, à l’ombre des bananiers. « Ce sont les élèves des autres écoles qui ont baptisé ce site “EPP-Bananier“ », une ironie qui n’a pas détourné Monsieur Sidibé et ses élèves. Aujourd’hui, « l’EPP-Bananier » va connaitre une transformation plus que positive depuis sa création.
 
Un mois après la rencontre entre le Monsieur Sidibé et Diane, les choses tendent à se formaliser pour l’EPP-Bananier. Pour cause, Diane et son amie Aïcha – une autre travailleuse sociale dévouée à la cause de M. Sidibé ont décidé de l’assister dans les différentes démarches liées à la formalisation de l’école. Lors de notre entretien, l’enseignant nous a partagé son désir de se constituer en ONG avec pour objet de « faciliter l’accès à l’instruction aux enfants de familles démunies ». Pour atteindre cet objectif, le site abritant l’EPP-Bananier doit être viabilisé et mieux organisé. A cet effet, une collecte a été lancée le 29 mars dernier, par Diane et Aïcha. A la date du 10 mai dernier, les dons pécuniaires se chiffraient à un million trois cents dix mille deux cents trente sept francs (1.310.237).  En plus, il faut noter les nombreuses visites des responsables d’associations ou de particuliers que l’EPP-Bananier enregistre. Un véritable élan de solidarité.
« Faire ce qu’il faut avec les moyens de bord, aussi limités soient-ils », voilà le crédo de M. Sidibé, un homme humble qui n’a pas attendu de faire fortune avant de partager.

Pour contribuer à l’amélioration de l’école :

Orange Money : 87 26 38 28
MTN Money : 74 07 96 39

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