LYNNSHA : « Je pense que ma carrière est plus « avancée » en Afrique, si on peut dire les choses ainsi »

Née en banlieue Parisienne et originaire de la Martinique, Lynnsha s’est familiarisée assez jeune avec le chant sur les bancs de l’église. Auteure, compositrice et interprète, sa musique s’inspire des courants musicaux ayant bercé sa jeunesse. Après 6 ans d’absence, Lynnsha revient sur les devants de la scène avec un 5e album « Over & Other », paru en 2018. Ce nouvel album tire un trait sur le passé pour laisser place à de nouvelles choses ; il s’inscrit dans des registres divers, (afro pop, zouk, urbain) et est réalisé à l’aide de différentes collaborations.

Si l’on retrace vos 20 ans de carrière, on peut constater qu’ils sont marqués par le Hip-Hop, le RnB et Zouk. Est-ce à dire que vous n’avez jamais su choisir ?
Non, ce n’est pas que je n’ai jamais su choisir. Simplement, je me laisse emporter par les courants musicaux qui me bercent et qui me parlent. J’ai appris à chanter le Gospel et le Negro Spiritual sur les bancs de l’église. J’ai aussi vécu en banlieue, où se mêlaient différents courants musicaux : variété française, pop music, raï ou encore musique africaine. Me concernant, j’écoutais surtout du R&B à cette époque. Néanmoins, ce sont tous ces courants qui m’ont permis de définir ma propre musique et de lui attribuer des sujets qui me parlent. Je suis tout simplement éclectique, comme beaucoup de personnes n’étant pas nécessairement chanteuses, et ne se limitant pas pour autant à un style de musique en particulier. Je chante dans divers registres sachant que mes lignes directrices restent toutefois la musique caribéenne, la soul et le R&B. Comme j’ai pour habitude de dire, je suis chanteuse, pas « chanteuse de » et je chante ce que j’aime.

Vous avez attendu 6 ans pour dévoiler votre dernier album « Over & Other ». Pourquoi avoir attendu autant de temps  ?
Beaucoup de choses se sont passées en 6 ans.  Tout d’abord, je suis devenue maman ce qui m’a pris plus de temps à sortir un nouvel album. Par ailleurs, je finissais ma tournée. Généralement entre deux albums, on est occupé par les tournées. J’ai eu la chance de réaliser la mienne en France, dans certains pays d’Europe, dans les Caraïbes, et en Afrique. Chaque année depuis 6 ans, j’ai sorti plusieurs singles, y compris un EP s’intitulant « In Love ».  J’ai aussi eu l’opportunité de prendre part à différents projets tels que le concept « Femmes Fatales » en duo avec Teeyah ou encore le trio avec Tropical Family dans le cadre de la reprise de la chanson « Maldon » du groupe Zouk Machine, en collaboration avec Fanny J et Louisy Joseph.

Qu’est-ce que ce nouvel album a de plus que les précédents ?
Il marque une nouvelle page dans ma vie. « Over » réfère à l’idée d’un trait que l’on tire sur une partie de sa vie, « Other » sous-entend laisser place à autre chose, à de nouvelles expériences tant sur le plan personnel que professionnel. J’aborde de nouveaux thèmes ainsi que de nouvelles rythmiques dans cet album réalisé avec l’aide de nouvelles collaborations. J’ai eu la chance de collaborer avec l’artiste Warren que je connais depuis fort longtemps et avec qui j’étais supposée travailler depuis un moment déjà. J’ai également travaillé avec l’équipe de Julio Masidi du groupe Harmonic Boyz ; groupe musical de jeunes congolais vivant à Paris, s’inscrivant réellement dans la nouvelle tendance et ayant notamment collaboré avec Aya Nakamura, Djany ou encore Fally Ipupa. Au passage, c’est par l’intermédiaire de Fally que je les ai rencontrés. Toutes ces collaborations apportent une nouvelle couleur à mon album marqué notamment par certaines rythmiques africaines. Bien que celles-ci ne soient peut-être pas assez prononcées, j’ai pu me lâcher sur certains titres tels que « Tour de garde » avec le compositeur Momo, puis « Yolelio » et « Il faut quitter là » dans lesquels de « vrais » guitaristes congolais ont joué ; même s’il est vrai que je m’étais déjà familiarisée avec ces rythmes auparavant et principalement avec la Rumba.

Dans le single Yolelio, on ressent votre attachement à l’Afrique. Peut-on dire que vous avez une relation privilégiée avec le continent-mère ?
Il s’agit en effet de l’un de mes titres préférés de cet album. « Yolelio » est un geste de remerciement envers le continent Africain dans sa globalité, et particulièrement aux pays que j’ai eu l’occasion de visiter. Ne pouvant ni le témoigner par le biais d’une lettre, ni même le prononcer dans un micro, j’ai choisi de le chanter. Cela explique pourquoi je cite dans cette chanson, toutes les destinations où je suis allée, en mentionnant soit le pays soit la capitale concernée.
Je sillonne l’Afrique depuis 2008, et c’est là où j’ai été accueillie le plus chaleureusement et où j’ai eu la chance d’avoir un public réceptif. J’y ai développé des liens forts, professionnellement et personnellement. Je me suis fait des amis dans plusieurs pays, en Côte d’Ivoire, je peux carrément dire que j’ai trouvé une vraie famille. Ce sont toutes ces choses qui font que j’ai souhaité adresser mes remerciements au continent en musique.
Etant noire, née à Paris et originaire de la Martinique, j’ai conscience de mes origines Africaines. Néanmoins, l’Afrique parait tellement loin de nous lorsqu’on se trouve aux Antilles.  Quand bien même l’on tente de se raccrocher aux paroles ou aux images, il est difficile de vraiment connaître l’Afrique si on ne l’a pas visitée.  C’est ce que j’ai eu la chance de faire. Je m’y suis retrouvée, que ce soit au niveau des paysages, de la végétation, des relations humaines, ou des coutumes… Je me suis sentie chez moi, d’où le titre « Yolelio » qui signifie « Je suis chez moi ». Mon message est à la fois universel (car s’adresse à toutes les personnes étant nées quelque part mais vivant ailleurs), et personnel.

Vous avez récemment déclaré dans une interview que vous chantez plus souvent en Afrique qu’aux Antilles. Comment cela se fait-il ?
Bonne question ! Je pense pouvoir l’expliquer par le fait que mes premiers albums dans les débuts de ma carrière s’inscrivaient plutôt dans un registre R&B, bien que tintés de rythmiques caribéennes.  Les Antillais estiment qu’un Antillais doit forcément chanter du Zouk. Mes premiers albums aux sonorités R&B ont peut-être perturbé, même si certains de mes titres Zouk ont rencontré un fort succès là-bas. Disons que l’Afrique est plus ouverte à ce niveau-là, qu’on chante du Zouk, du R&B, de la Dancehall ou autre. Je n’ai pas eu ce jugement disant : « t’es Antillaise alors tu dois chanter du Zouk ».  Ma musique a réellement été acceptée en tant que telle.
Le titre « Je veux que tu mentes » composé par Singuila, et dont la rythmique est un peu plus Pop, a vraiment changé les choses. Je pense que ma carrière est plus « avancée » en Afrique, si on peut dire les choses ainsi ; sans oublier le fait que l’Afrique est un continent, et donc plus grand que les Antilles.
Le Zouk que je chante est du « Zouk urbain » et il est vrai qu’aux Antilles, le Zouk pur et dur et la Dancehall sont plus appréciés. Mon nouveau single « Tout pour nous » a des sonorités Zouk plus classiques. Il  a reçu un accueil chaleureux aux Antilles.

Apparemment vous avez eu le coup de foudre pour Abidjan ! Qu’est ce que cette ville a de spécial ?
La côte d’Ivoire est le premier pays du continent Africain que j’ai visité. Abidjan a été mon premier contact avec la terre-mère ce qui a sans doute beaucoup joué. Je m’y suis fait des amis, une famille, mais surtout j’ai eu l’honneur d’être nommée première marraine de la Fondation de Salomon Kalou, destinée à aider les dialysés. J’y ai rencontré un « crew », dans lequel je compte Éric Osseri, Salomon Kalou, Didier Drogba et bien d’autres.
Par ailleurs, le paysage ivoirien ressemble à celui de la Martinique et mon beau-frère est aussi Ivoirien. Et puis comment ne pas parler de l’ambiance, de la chaleur et de la nourriture ivoirienne : le Futu sauce graine, mon ami que j’aime tant !

Lynnsha, vous gérez tous les plans de votre carrière. Est-ce plus facile, après avoir passé autant de temps dans la musique, de gérer une carrière de manière indépendante ?
Très bonne question. Il est vrai que j’ai une certaine liberté dans la maison de disque avec laquelle je travaille aujourd’hui. Le fait d’avoir été auparavant dans une grande structure et de basculer aujourd’hui au sein d’une plus petite structure m’a permis de « mettre la main à la patte ». Avant, je gérais déjà l’écriture et la composition. Je travaille aussi à la co-réalisation de mes clips, et de ce fait je connais beaucoup d’aspects de mon métier. Je n’ai pas été uniquement chanteuse au cours de ma carrière. J’ai eu l’opportunité de produire une émission culinaire, j’ai fait des apparitions télé, radio et enfin j’ai fait du cinéma. Tout cela fait partie pour moi d’une seule et même carrière.
Aujourd’hui bien qu’il y ait une structure, très sincèrement je fais déjà tout. J’apprécie le travail que fait ma maison de disque pour moi et la liberté qu’elle m’accorde. J’ai de futurs projets mais je ne peux pas tout dévoiler. J’aime ce que je fais et je souhaiterais aussi dans un futur pouvoir donner la chance à de jeunes femmes et à de jeunes hommes de pouvoir s’exprimer au travers de leur art et de les produire.

Lynnsha dans 5 ans, ça donne quoi ? Comment et où vous projetez-vous ?
Dieu seul le sait. Dans 5 ans, je souhaiterais vivre à l’étranger ne serait-ce que quelques années, voire un an, mais une chose sure, vivre ailleurs. Pourquoi pas les Etats-Unis ou l’Afrique. Aussi, dans cette nouvelle aventure je me vois en tant que productrice de mes propres projets musicaux mais pas uniquement. Je me vois également faire du cinéma et parcourir le monde. Le plus important étant d’être en bonne santé et de vivre de belles choses avec les miens : famille, amis et public.

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