TAMARAH MOUTOTEKEMA : « POUR DEVELOPPER LE SECTEUR AGRICOLE, IL FAUT METTRE L’ACCENT SUR LA NOTION DE RENDEMENT DE LA PRODUCTION »

Tamarah Moutotekema Boussamba est âgée de 28 ans et vit au Gabon. Economiste et entrepreneure, elle est la fondatrice de la société agricole AGRIDIS. Tout commence en 2016 lorsqu’elle reçoit son premier financement de la fondation Tony Elumelu. La même année, elle est sélectionnée parmi les 100 jeunes africains  du Young African Leaders programme du président Barack Obama. C’est en 2016 que Tamarah crée AGRIDIS, une société de production et de commercialisation des produits agricoles. À court terme, Tamarah souhaite inonder le marché Gabonais et devenir leader dans le secteur agricole. A long terme, son objectif est de développer la partie exploitation d’AGRIDIS dans la sous-région. C’est un parcours plus qu’inspirant qu’on a voulu résumer en quelques questions.

Inspire Afrika : Qu’est-ce qui vous a poussé à fonder AGRIDIS ? Quelles étaient vos motivations ?

Tamarah Moutotekema : L’idée de créer AGRIDIS vient d’une histoire personnelle. J’ai grandi  dans le Sud du GABON avec mes grands-parents. J’allais régulièrement au champ avec ma grand-mère. Je me souviens d’un épisode de mon enfance où je n’ai pas pu aller à l’école parce que la veille je n’ai pas pu manger et ça c’est quelque chose qui m’a beaucoup marqué. En grandissant je me suis dit qu’il fallait que j’aide ma grand-mère à pouvoir commercialiser ses produits. Ma réelle motivation était de me battre pour que les enfants accèdent à l’éducation, pour qu’un enfant ne dorme pas sans manger car pour moi c’est inacceptable. Il fallait que je nourrisse les  Gabonais, que je nourrisse la population  pour que plus aucun enfant ne meurt de faim. C’est ça la réelle motivation d’AGRIDIS: fournir à la population Gabonaise pourquoi pas Africaine des produits locaux de qualité pour qu’il puisse manger à leur faim, pour que les enfants et même les grands soient en bonne santé.

Inspire Afrika : D’où proviennent les produits alimentaires que vous distribuez et comment sélectionnez-vous les agriculteurs ?

Tamarah Moutotekema : Les produits que nous distribuons viennent premièrement de nos plantations. Nous faisons de la vente en gros et en détails. Pour la vente en gros, nous commercialisons les tubercules de maniocs et de bananes et on les revend à des commerçantes et des petites unités de transformation. Celles-ci transforment la banane en chips, et le manioc en fufu ou en gari. Quant à la vente en détail, on note trois types de clients. D’abord les supermarchés à qui on revend une gamme de légumes locaux. Il convient de noter qu’à ce jour,  il n’existe pas de société leader sur la production ou la distribution de légumes locaux au GABON. La production de nos légumes est faite de manière artisanale et nous produisons les feuilles de manioc, de l’oseille, des feuilles de Taro, de l’épinard, de l’aubergine et nous les commercialisons en grande surface. Nous sommes à la base de la production alors nous contrôlons la qualité, au niveau de nos producteurs partenaires en leur donnant  une sorte de cahier de charge  qui n’est pas très contraignant. A cause du contexte dans lequel on évolue le cahier de charge comporte des éléments tels que la technique et l’entretien de la production, le rendu attendu après un certain délai de conservation, etc. Si par exemple le produit a changé de couleur ou s’il a une odeur après une certaine durée, on sait qu’il y’a un problème au niveau de la qualité. On à une approche plutôt pédagogique  parce qu’on travaille beaucoup  avec de petits producteurs  et l’idée ce n’est pas de les mettre de côté mais plutôt de leur expliquer comment faire pour s’améliorer afin de pouvoir grandir ensemble.

Inspire Afrika : Vous vous concentrez principalement sur les tubercules de Manioc. Pourquoi ne pas étendre votre expertise à d’autres produits agricoles ?

Tamarah Moutotekema : Oui c’est une très belle question. On se concentre sur les tubercules de manioc parce que le manioc est l’un des aliments les plus consommés au GABON sinon en Afrique. Ensuite la structure complète du manioc est commercialisable de la feuille à la racine : la feuille de manioc est consommé en légume  chez nous ,la bouture est réutilisée pour la vente ou pour les prochaines plantations ,la racine nous donne le tubercule , la peau du tubercule peut être utilisé pour faire de la farine de manioc. Elle peut aussi être utilisée dans l’industrie pharmaceutique. C’est une plante qui a énormément de potentiels et qui pousse très bien chez nous. Même si nous vendons beaucoup de manioc, nous souhaitons aussi commercialisés d’autres produits que l’on trouve localement.

Inspire Afrika : Comment l’entreprise se démarque-t-elle de la concurrence ?

Tamarah Moutotekema : Agridis se démarque de la concurrence sur trois points. Le premier est celui de la qualité des produits, que ce soit en termes de qualité gustative ou de la qualité de notre packaging. On se démarque très bien de ce qui se fait traditionnellement puisqu’on propose un packaging qui est beaucoup plus respectueux du produit visuellement. On se démarque également par le respect des délais de livraison de nos produits. Enfin, nous avons mis en place un service après-vente qui nous permet de nous réajuster en prenant en compte les remarques les retours des clients et de nous améliorer .

Inspire Afrika : Vous avez également créé la plateforme Waguispace. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Tamarah Moutotekema : Wagui est une application mobile de conseils agricole et de mise en relation entre les producteurs, les acheteurs et les transporteurs. Quand j’ai commencé j’ai été confronté à des difficultés d’approvisionnement car je ne savais pas forcément où trouver les produits. Parfois il est compliqué de trouver un transporteur. Alors je me suis dit que la technologie pourrait nous aider à connecter tous les acteurs de l’écosystème agricole, ce qui faciliterait la commercialisation des produits locaux. Je pense que pour développer le secteur, il faut travailler sur l’augmentation de la production mais aussi sur l’augmentation de la productivité et donc mettre l’accent sur la notion de rendement. On peut avoir une plantation mais qui a un rendement faible ; en d’autres termes, la superficie ne garantit pas la rentabilité. C’est pour franchir cette étape que le conseil de proximité et instantané est intéressant par ce qu’il permet à un agriculteur d’avoir l’information au bon moment dans sa plantation sans forcément attendre la visite d’un ingénieur agronome sur son site.  L’application est dans sa deuxième phase de développement afin de pouvoir prendre en compte les paiements. Nous intégrons  également d’autres acteurs comme les transporteurs et les transformateurs qui n’existaient pas dans la première version.                                                                            

Inspire Afrika : Quels sont les challenges que vous avez dus relever pour mettre ce projet en place ?

Tamarah Moutotekema : Les challenges sont de plusieurs ordres. Ils sont d’abord liés aux infrastructures liées au secteur. Pour  moi la matière première du secteur agricole c’est l’infrastructure. Par infrastructures je n’entends pas que sont les routes, mais aussi les installations nécessaires et adéquates pour pouvoir nous permettre de conserver les produits. Les plantations qui sont dans des forêts sans voies d’accès permettant d’acheminer les récoltes jusqu’à la voie principale rencontrent des difficultés. Le second challenge vient du manque d’organisation au sein du secteur, et de ce fait, chacun fait un peu tout : Le producteur qui veut aussi être vendeur, le vendeur veut être transporteur. Nous avons besoin d’un écosystème structuré où chacun joue son rôle pleinement. Cela reviendrait à permettre au commerçant d’aller s’approvisionner chez un producteur ou encore au producteur de rendre disponible l’information quant à sa production. C’est à ce niveau que l’infrastructure entre en jeu. Si un commerçant doit aller récupérer une production dans un village et si la route est mauvaise, il n’y aura pas de transporteur.

Inspire Afrika : Quel impact a eu AGRIDIS au Gabon ?

Tamarah Moutotekema : Je parlerai d’un impact plutôt social et économique. Economique parce que nous avons une communauté de producteurs dont on rachète la production. Certains ont même une partie de leur production financée par Agridis afin qu’il puisse avoir un client régulier et par conséquent un revenu régulier. Financer leur production leur donne confiance en eux et confiance en leur avenir. Au moins ils savent qu’ils pourront produire lors de la saison suivante et ont un acheteur quasi garanti. C’est ça la communauté AGRIDIS : il existe un lien de confiance entre nos producteurs partenaires et nous. Sur le plan social, les revenus qu’ils ont leurs permettent de pouvoir se nourrir et d’inscrire leurs enfants à l’école. Dans notre démarche de développement on aimerait avoir un impact beaucoup plus grand en devenant leader sur les produits agricoles au Gabon. Notre impact sera plus important.

Tags from the story
,
Written By
More from IA Team
Amal et Anass Yakine : « Nous nous définissons comme des nomades digitaux »
Quête d’expériences nouvelles, besoin de découvertes, envie de s’ouvrir au monde, à...
Read More
Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

− 1 = 6