STEPHANE BILANA & FRANCIS TSOUNGUI : IL EST TEMPS D’EDUQUER LES LOCAUX À CONSOMMER CE QUI EST FAIT AVEC QUALITÉ SUR PLACE

Francis Tsoungui & Stephane Bilana

Françis et Stéphane sont cousins. Ils sont nés et ont grandi au Cameroun, bercés par la même passion pour la mode, la photographie et l’art. Cette passion les mènera à créer la marque Hearbeat237, une marque contemporaine de streetwear qui fait son bonhomme de chemin depuis plus de 4 ans.
Le premier a commencé par des études d’Arts Appliqués au Cameroun, avant de faire une formation en Stylisme à l’Institut Cheick Anta Diop de Yaoundé. Aujourd’hui, Francis avoue poursuivre une formation en Droit et en Administration Territoriale pour « se protéger » : « Au Cameroun, la mode est un secteur instable. Je suis passionné, mais j’aimerais assurer mes arrières en ayant une formation de secours ».
Le second vit à Dubaï depuis 3 ans, et travaille pour une agence événementielle. Deux parcours différents, mais une réalité commune à de nombreux jeunes qui souhaitent se lancer en affaires, notamment en Afrique : être à la fois entrepreneurs et salariés…Au début…
Discussions sans langue de bois autour de l’évolution de la marque et des difficultés d’être designers au Cameroun.

11041635_477989419026694_1960471855781990126_nBonjour à tous les deux, et bienvenue ! Vous avez créé la marque Heartbeat237. D’où est venue cette idée ? Pourquoi le nom « Heartbeat237 » pour une marque de vêtements ?

Stéphane : J’aime la photo et la mode, Françis la mode et la haute couture. On a voulu assembler nos compétences pour créer quelque chose de différent. On a toujours aimé créer nos propres vêtements, on n’a jamais voulu ressembler aux autres.

Francis : Nous avons choisi « Heartbeat 237 » parce que notre concept ne se limite pas qu’à vendre des vêtements. Nous souhaitons véhiculer un état d’esprit : il faut suivre son cœur. Quelqu’un qui porte du Heartbeat 237 c’est quelqu’un qui est déterminé. Ce n’est pas forcément une personne branchée ou hype, mais une personne qui agit en fonction de ses convictions personnelles.

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Comment rendez-vous accessibles vos produits ? Vous venez de lancer un site internet. De quoi disposez vous en dehors de cette plateforme qui est toute nouvelle ?

Françis : Pour l’instant en effet, nous sommes au tout début du processus pour améliorer l’accessibilité de nos produits. Nous n’avons pas encore les moyens pour développer un point de vente, mais le site internet facilitera les choses pour nos consommateurs, qui sont autant au Cameroun qu’en France.

Stéphane : Concernant le Cameroun, nous avons quand même fait des progrès en 2016, et avons fait l’effort d’être présents sur le terrain. Nous avons signé un partenariat avec la boutique UNIK, au sein de laquelle on pouvait trouver des produits de la marque. A Douala et à Yaoundé, nous avons permis aux gens de commander par téléphone et d’effectuer des paiements via Orange Money. Nous avons à cœur d’améliorer toujours plus l’accessibilité des produits.

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Vous êtes une marque Camerounaise et vous dites vouloir valoriser le made in Cameroon. Pourquoi produire à Dubaï ?

Francis : Simplement à cause des difficultés structurelles. Nous avons été obligés de faire ce choix. Il est très difficile de produire des vêtements de qualité au Cameroun. Nous avons tenté une production au Cameroun, et les résultats ont été catastrophiques. Pour la petite histoire, une de nos clientes a fait un thread sur Snapchat en dénonçant la qualité du t-shirt qu’elle avait acheté, qui avait déteint au lavage. Cette mauvaise publicité nous a fait comprendre que nous ne pouvions pas prendre le risque de faire toute la production en local. Je le dis pour que les gens comprennent bien la difficulté que nous et d’autres designers Camerounais avons à faire du full made in Cameroon, malgré toute la bonne volonté du monde.

Tout le processus de production se passe donc à Dubaï ?

Stéphane : Non, pas exactement. La création se passe au Cameroun, les prototypes sont produits au Cameroun aussi. La production finale par contre, se fait à Dubaï.

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C’est vrai que la qualité est importante. Surtout vu le prix des produits, si l’on considère le pouvoir d’achat d’un Camerounais moyen …

Francis : Déjà, il faut préciser que nous vendons des polos et des t-shirts. Le produit n’est pas le même, les matières ne sont pas les mêmes. Pour cette raison, un polo va couter plus cher qu’un T-shirt. Cette distinction est importante à apporter, car je pense que parfois le consommateur ne la connaît pas. Nos prix varient donc entre 15 000 et 30 000 FCFA, ce qui peut en effet être hors de portée pour certains. Mais c’est le prix à payer pour avoir des produits de qualité. Il est important d’éduquer les consommateurs et de leur apprendre à consommer et à encourager ce qui est local et de qualité comme ils le feraient pour des produits étrangers.

Stéphane : C’est un positionnement que nous assumons. Il faut aussi dire que nos tarifs ont évolué depuis. Au début, nous étions subventionnés par un atelier, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Fatalement, les coûts de production ont augmenté. Nous essayons de trouver un équilibre entre la valorisation de notre travail et les conditions du marché, sachant que nous sommes à la fois sur un marché en développement et un marché plus mature.

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En 2015, vous avez lancé une campagne de crowfunding qui n’a pas fonctionné. Pourquoi à votre avis ? Quelle(s) leçon(s) en avez-vous tiré 
?

Francis : En effet, la campagne de 2015 n’a pas fonctionné pour plusieurs raisons.

Premièrement, la période : elle avait lieu durant tout le mois de Juillet. Or, les gens étaient en vacances, et donc moins disponibles sur internet. Il était assez compliqué d’aller chercher du monde à ce moment là.
Ensuite, le mode de contribution : Au Cameroun, peu de personnes sont sensibilisées à la pratique du crowfunding. On se méfie des transactions bancaires en ligne. Il y’a donc toute une phase d’éducation lorsqu’on les aborde, ce qui n’est pas efficace dans une campagne de crowdfunding. Sans oublier que certaines banques ne permettent pas le paiement en ligne à travers des plateformes de financement participatif. Nous aurions dû proposer une alternative de paiement matériel.
Mais cette expérience nous a fait gagner en fans, en contacts et en expertise.

Et comment vous comptez régler la question du financement désormais ?

Stéphane : Nous avons eu quelques offres en provenance d’investisseurs. Mais on a préféré attendre car nous ne faisons pas encore de bénéfices. Or certains d’entre eux nous semblaient trop pressés de bénéficier des retombées de leur investissement. Nous cherchons évidemment des investisseurs, mais différemment. Nous préférons trouver des personnes qui investiront par collection. Cela nous paraît moins risqué à tous points de vue.

Vous avez une jolie communication sur les réseaux sociaux. Qui s’en occupe dans la team ? Avez-vous quelques conseils à partager pour recruter et engager le maximum de fans ?

Stéphane : Merci  déjà ! 🙂
Nous nous répartissons plutôt bien le travail tous les deux. Même si officiellement, je suis responsable de la partie communication, les suggestions sont les bienvenues de part et d’autre. Nous travaillons notre stratégie social media en amont de chaque collection en général.

Francis : Ce qui marche aussi à mon avis, c’est que nous ne nous positionnons pas exclusivement sur le produit. Une grande partie des marques camerounaises mettent trop l’accent sur le produit, et pas assez sur le concept. Chez Heartbeat237, nous essayons de conceptualiser notre manière de communiquer. Par exemple, la prochaine collection portera sur les débuts du hiphop. La communication va donc se décliner autour de cette thématique. Il faut s’amuser avec le vêtement, le décliner autour de divers événements, pour raconter une histoire, et rendre le fun. De cette manière, la marque reste inscrite dans la tête du consommateur.

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Quelles sont vos challenges en tant que jeunes stylistes camerounais aujourd’hui ? Qu’est ce qui vous manque ?

Francis : Un appui de l’Etat. Les ateliers de couture au Cameroun n’ont pas de moyens, nous avons des problèmes de subventions, de formations, nous importons trop. Pas étonnant que la qualité ne suive pas. Ce qui pousse les designers locaux à produire en dehors des frontières quand ils le peuvent. Une vraie perte de valeur pour le pays !

Comment voyez-vous votre marque dans 10 ans ?

Stéphane : Nous aimerions avoir au moins un store dans les principales villes du Cameroun, et organiser des shows qui nous permettraient d’embaucher et de créer des emplois. Nous voulons créer de la richesse au Cameroun.

Francis : Dans 10 ans, nous souhaitons que Heartbeat237 soit une maison et pas simplement une marque. Nous souhaitons ouvrir notre propre atelier de couture et un label de design. Il nous permettrait de valoriser les designers locaux, encourager le métier, et former des designers. Pour conquérir le marché et influencer les consommateurs dans leur manière de fonctionner, nous devons être soudés. Seuls nous n’y arriveront pas. Il faut mutualiser les énergies et les ressources.

Retrouvez la marque sur Facebook et sur son site internet

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