Sœurs Ennemies : les réflexions d’une ivoirienne 2.0 

Sur l'affiche de la série : Isabelle Béké (Kyana), Ray Reboul (le cousin de Frédéric Kalou) et Marie Christine Beugré (Keyla)

Sœurs Ennemies, c’est LA série qui a défrayé la chronique lors de sa diffusion ces derniers dimanches en Côte d’Ivoire. Chacun y est allé selon sa sensibilité. Des critiques des plus virulentes aux encouragements, la toile a vibré au rythme du énième « bébé » de Erico Séry*. Les 2 saisons achevées, l’heure est au bilan ! Pourquoi autant de passion autour de cette série ?
Pourquoi …. Comment … Qui… Coupeeez!!! Rembobinons la cassette… Installez-vous confortablement.
Silence, moteur…  Action !

PRÉLUDE

Chez nous les ivoiriens, dans le milieu de la production audiovisuelle, il y a un dicton qui dit : on ne critique pas les contemporains. Cependant, si l’on caresse à chaque fois « dans le sens des poils » les contemporains, comment ferons-nous pour que l’Afrique avance ? Je considère que la critique est constructive et peut permettre de  parfaire les œuvres à venir. Crime de lèse majesté ou pas, j’ose apporter mon regard critique de néophyte.

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L’HISTOIRE

Kyana fille ainée de Frédéric Kalou, puissant homme d’affaires, est une jeune femme à qui tout réussi. Elle mène une brillante carrière dans l’entreprise de son père Fréderic, et une vie familiale très épanouie avec sa mère, Madame Kalou et Keyla, sa jeune sœur. Son monde si magnifique bascule brusquement lorsqu’elle apprend qu’elle a été adoptée via un mail anonyme. Alors commencent les intrigues qui s’enchaînent. Une rivalité qui était déjà latente, puisque n’étant pas la fille biologique du couple Kalou, s’installe entre les deux sœurs, les combines toxiques et machiavéliques de son père sont peu à peu révélées, celles de sa mère aussi…C’est dans cette atmosphère que Kyana décide de retrouver ses géniteurs en menant sa propre enquête, mais elle rencontre de nombreux obstacles au fur et à mesure de sa recherche. Amour, Sexe et Trahison ne manquent bien évidemment pas à l’appel.

LE CASTING 

Une cohorte de têtes d’affiche ! La production n’a pas hésité à mettre les petits plats dans les grands. Isabelle Béké (l’ex Miss météo), Marie Christine Beugré, Guy Kalou, Clémentine Papouet (la célèbre Clémentine dans Ma Famille), Jean Jules Porquet, Alain Azerot, Ray Rebou se partagent l’écran de fort belle manière.
Apres Hollywood, Bollywood, Nollywood, faite place à Babywoodune nouvelle scène créative ivoirienne. Elle est constituée de talents prometteurs, de techniciens engagés, de diffuseurs visionnaires, et de producteurs ambitieux dont le regard est déjà tourné au-delà des frontières. Avec des films tels que : Et si Dieu n’existait pas, l’Interprète, Run, Babywood ambitionne d’être la plaque tournante du cinéma en Afrique francophone.

Sur le tournage, la famille Kalou

Sur le tournage, la famille Kalou

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MON AVIS

Avec de telles têtes d’affiches et toute la communication autour de la série, je me permettais d’espérer (avant même visionnage), un oscar… La Côte d’Ivoire a du talent n’est ce pas ?

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J’ai aimé l’originalité du scénario. La série nous propulse dans un univers différent de celui que nous voyons sur la scène cinématographique ivoirienne, celui de la haute bourgeoisie et de l’univers impitoyable du monde des affaires. Mais était-il utile de chocobi** dans nos oreilles ? On ne dit pas non plus de nous sortir un accent agricole, mais le juste milieu existe! Je ne critique en aucun cas le niveau de langue qui pour moi me semble correct et accessible au public, je critique juste le mimétisme des acteurs. Une bonne diction ne veut pas dire rouler les R ou en mettre là où il n’en faut pas !

La qualité des images est à couper le souffle…

Les images sont tellement belles, les décors tellement réalistes, que je me suis surprise à me demander si c’était dans mon pays. C’est un défi réussi pour Erico Séry qui a définitivement prouvé à qui veux, que oui, nous sommes capable en Afrique de produire du contenu de qualité répondant aux normes internationales. Si la qualité des images relève du « high level » force est de reconnaître que les prises de vues sont abusives voire très souvent inutiles.

…Mais la technique de cadrage et le son sont à améliorer ! 

La camera est en perpétuel mouvement. Technique parfaite pour un clip de 3min mais pas pour une série qui dure environ 45min par épisode ! On a le tournis et le mal de mer après chaque visionnage. Même dans les plans les plus banals comme les champs contre champs, la caméra n’est jamais fixe. Bonjour la crise d’épilepsie !
Le son tantôt faible, tantôt fort selon les scènes m’obligeait à faire le DJ avec la télécommande. Après avoir eu un entretien avec un ami ingénieur de son, il m’a révélé que le problème venait de la RTI. Eh oui, notre télé diffuse encore les éléments en  PAL quand l’ère est au HD et au numérique. Le train de la révolution numérique est pour quand en Côte d’ivoire?
Tout au long de la série, je me suis aussi rendue compte que dans mon pays, il n’y a ni voiture ni oiseaux, ni bruit ambiant … Le son totalement refait au studio crée un manque de fluidité entre l’image et le son. Je vous donne un exemple : une scène où nous sommes en pleine rue, bondée de monde, la logique voudrait qu’il y ait de l’ambiance. Dans ‘Sœurs ennemies’ nous entendons plutôt de l’écho, avouez c’est un peu troublant pour le cerveau.

Une série qui reste finalement passionnante et captivante 

Erico Séry

Erico Séry

Hormis les petits problèmes de technique cités tantôt, la série a tout de même atteint ses objectifs car c’est avec impatience que j’attendais les dimanches pour suivre la suite de l’histoire et vérifier si la technique s’améliorerait au fil des épisodes. Comme on le dit chez nous, ‘je n’ai pas gaspillé mes yeux cadeaux’.
Le problème de son a été résolu au dernier épisode de la saison 1 (mieux vaut tard que jamais). Si certains ivoiriens ne se reconnaissent pas au travers de cette série qui selon eux est un peu trop élitiste, la majorité, moi y compris, est fière de l’avènement de ce Babywood. Fière d’appartenir à cette génération qui se bat afin de redonner ses lettres de noblesse à l’audiovisuel Africain. Une œuvre est rarement parfaite certes, mais en y travaillant avec ferveur elle peut approcher la perfection.
La série reste donc l’une des séries les plus suivies en Côte d’Ivoire. Elle a aussi contribué à marquer un tournant dans le paysage audiovisuel ivoirien. La barre a été mise haute par Erico Sery. Ainsi les nouvelles productions se doivent de faire autant, sinon  mieux !

Coupeeeez ! C’est dans la boite.

*Erico Séry est un producteur et réalisateur télé ivoirien. Il compte à son actif plusieurs émissions dont Fairplay, Le Grand Défi, À La Can Orange, Orange En Afrique Du Sud, ou encore On s’Éclate…  En plus de toutes ces émissions télé à succès, il est aussi une étoile montante et filante du cinéma ivoirien. Il est «l’homme dans l’ombre»  de Rêve Sans Faim, et  de Soeurs Ennemies.
**chocobi : le fait de parler en prenant un accent étranger, très souvent français

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