#REPATSTORIES : CARL JOSEPH MANDENG, DG DE WENGUE WOODS (DE LA FRANCE AU CAMEROUN)

Avec la série #repatstories, nous invitons les repats africains à prendre la parole pour nous raconter leur quotidien.
Aujourd’hui, nous rencontrons Carl Joseph Mandeng, repat camerounais. Après une dizaines d’années en France, il décide de rentrer au Cameroun créer son entreprise d’ébénisterie. Rencontre…

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Quel est votre parcours ?

Bonjour Inspire Afrika et merci infiniment de me donner l’opportunité de partager mon expérience.
Je suis Carl Joseph MANDENG. Mon activité professionnelle m’octroie le titre de chef d’entreprise, mais de manière discursive, je préfère me présenter comme un débrouillard professionnel. Je suis à la tête d’une petite entreprise WENGE WOODS, spécialisée dans la conception et la fabrication de produits de menuiserie/ébénisterie premium. S’agissant de mon parcours académique, je suis titulaire d’une Licence en économie-gestion et d’un Master II en finance d’entreprise et des marchés. Mon parcours professionnel est jonché d’expériences en Finance au sein de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale, la Societe Generale Corporate & Investment Banking, la Caisse d’Epargne, pour ne citer que celles-là. A ceci, je rajouterai une expérience chez Walt Disney Company à Orlando, qui m’a beaucoup marquée humainement, et dont je ressens quotidiennement l’impact dans ma vie entrepreneuriale.

Installation d’une cloison extérieure en bois massif Padouk réalisée par les artisans de WengeWoods

Installation d’une Porte Modèle impératrice en bois massif réalisée par les artisans de Wengue Woods

 Aviez-vous déjà vécu sur le continent africain avant de vous y installer ? Quelles ont été les raisons de votre retour et comment l’avez-vous préparé ?

La première partie de mon enfance s’est déroulée au Cameroun, mais je suis parti vivre en France très jeune. Les raisons de mon retour en Afrique sont axées sur 2 volets distincts.
Tout d’abord, il y a les convictions personnelles et les valeurs que j’ai défendues durant ma vie estudiantine et associative. En effet, en tant que leader associatif, j’ai prôné ce slogan « demain ne se construit qu’avec l’implication de CHACUN ». J’ai exalté la mutualisation des compétences, avec pour idéal, un Cameroun où chacun de nous apporterait une contribution à son développement socio-économique et culturel. Ensuite, il y a le projet professionnel. Je suis un passionné d’entrepreneuriat. Je me délecte de l’adrénaline et des montagnes russes émotionnelles que me procurent mon métier. Je sanctifie cette impression de contrôle de ma vie et le pouvoir de réussir à la hauteur de mes espérances. Enfin, je ressens cette corrélation avec mes convictions personnelles à travers la création de richesses et d’emplois. La préparation de mon retour a été très simple. J’ai rédigé pendant un an mon business plan. J’ai effectué 3 allers-retours au Cameroun, en l’espace de 7 mois, pour mieux m’imprégner de l’environnement et du métier dans lequel je me lançais. Après recul, tous ces voyages étaient superfétatoires, on évolue dans un environnement où tout n’est pas normé, où les règles sont existantes mais ne s’appliquent pas forcément. Fort de ce postulat, il faut simplement vivre le Cameroun pour mieux le comprendre.

Quelle a été la chose la plus difficile à gérer pour vous une fois sur place ? Y a-t-il des choses qui ont été plus faciles que vous ne pensiez ?

Sans langue de bois, rien n’est facile au Cameroun mais tout est gérable lorsqu’on réussit à se mettre au même niveau que son interlocuteur, et qu’on adopte un langage avec lequel il est familier.

Une anecdote particulière sur votre changement d’environnement ? Avez-vous vécu des situations particulières, des quiproquos ? Y a-t-il eu des situations d’incompréhension ?

Pour mieux répondre à vos interrogations, je pense qu’il est judicieux de distinguer l’expérience personnelle et le vécu professionnel. D’un point de vue personnel, le Cameroun manque cruellement de divertissements contrairement à l’occident, mais il y fait bon vivre. Il y’a beaucoup de richesses culturelles à découvrir, mais surtout la société est beaucoup plus solidaire et nous donne le sentiment de se sentir « chez soi » quelque soit notre couleur de peau, ou notre appartenance religieuse. Je pourrais écrire une encyclopédie d’anecdotes sur mon expérience professionnelle au Cameroun. Entre le parcours du combattant pour légaliser son entreprise auprès d’un personnel administratif acrimonieux, mon premier appel d’offres, ma première grève un 24 décembre de mes collaborateurs. Mais si je devais toutes les énumérer, beaucoup d’entre elles relèvent de la conscience professionnelle. C’est ahurissant à quel point on est quotidiennement confronté à des situations liées au manque de conscience professionnelle. Lorsqu’on vient d’un environnement de multinationale où il y’a de véritables process, où on est tenu à atteindre des objectifs, c’est dur. Pour exemple, la productivité de votre collaborateur est très souvent liée aux événements qu’il rencontre dans sa vie privée. Il m’est arrivé lors d’une réunion, à vouloir heurter les égos et provoquer un choc en lançant : 10 totos alignés ensemble pour leurs compétences ne feront jamais un zoro, c’est un zéro !

Avez-vous déjà eu envie de repartir ? Si oui, qu’est-ce qui vous fait tenir ?

En toute franchise avec vos lecteurs, Je pense qu’il n’y a pas une semaine sans que l’envie de monter dans le prochain avion ne soit la. Le climat des affaires au Cameroun, est très difficile. De plus, étant dans une structure en phase d’amorçage, les difficultés sont encore plus avivées. Il y’a un frein tous les 5 mètres, et lorsqu’on qu’on prend du recul, 80% de ces obstacles peuvent être jugées futiles. Ce qui me fait tenir c’est la passion pour mon projet. J’ai toujours dit qu’on rentre au Cameroun par ambition et non par devoir. Vitupérer à longueur de journée contre le système ou l’environnement n’a rien de productif. Vis à vis de mes ambitions, le chemin est encore long. Mais lorsque je regarde en arrière les obstacles que j’ai pu surmonter, l’abandon devient une aberration.

Si vous deviez faire les choses différemment pour pour ce retour, que feriez-vous ?

Avec sincérité, je ne vois pas ce que je pourrais faire différemment. Comme je l’ai dit au préalable, il faut vivre le Cameroun pour mieux le comprendre. Chaque mois passé au Cameroun m’a fait gagner 6 mois de maturité professionnelle. De plus, ma culture individualiste occidentale a sacrément pris un coup. De par ma fonction, je ne suis pas seulement devenu un chef d’équipe, mais aussi un chef de plusieurs familles. Je partage avec mes collaborateurs leurs événements heureux/malheureux. Chaque matin, lorsque j’attaque ma journée, j’ai conscience que l’avenir de ses familles est lié à ma productivité. Elles ont embrasé mon projet de société, à moi de ne pas les décevoir.

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