Quel futur pour l’agriculture africaine ?

Source : Tishange Mbewu

“L’agriculture est la première source de revenus de notre pays !” De nombreux élèves ont dû répéter cette phrase pendant leur enfance au Cameroun. On y ajoutait aussi souvent qu’elle était essentiellement “de subsistance”. Aujourd’hui, je sais que ce n’est pas totalement vrai. Les livres scolaires ne devaient pas avoir changé depuis longtemps vu que depuis 1978, l’agriculture n’est plus la première source de revenus de ce pays, remplacée par le pétrole. Cependant, elle emploie 51% de la population[1], c’est donc son plus grand employeur. Le cas du Cameroun n’est pas isolé sur le continent. Nous savons tous l’importance de l’agriculture, c’est elle qui nous nourrit mais combien d’entre nous, nouvelle génération, sommes intéressés par ce domaine ? L’Afrique a environ 1,2 milliard d’habitants[2]. La population a doublé ces trente dernières années. La natalité moyenne en Afrique est supérieure à 35 naissances pour mille habitants[3]. Selon, l’OMS, le taux de mortalité, qui était de près de 30 décès pour mille habitants au milieu du XXe siècle, est aujourd’hui tombé à environ 13 pour mille. Notre population grandit et nous devons la nourrir. Quels modèles adopter aujourd’hui pour faire naître une agriculture pérenne demain sur le continent ?

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Lors de la conférence sur l’agriculture de l’African Lawyer Business Club en Juin 2016 à Paris, plusieurs intervenants se sont succédés pour “embrasser les opportunités d’un secteur fertile.” Grâce à sa diversité de climats, l’Afrique peut produire tous types de vivres. Selon Théo De Jager, Président de la Panafrican Farmer Organization, “Nous avons tout ce que l’argent ne peut pas acheter : l’eau, la terre, le climat.” Le financement reste cependant le nerf de la guerre. Pour beaucoup, l’état d’esprit a changé, les agriculteurs ne parlent plus seulement de leur ferme mais de leur business. C’est un investissement à risque, tributaire des aléas du climat. Il faut trouver des méthodes de financement adaptées au secteur et surtout au contexte de l’Afrique. Les problèmes de l’agriculteur Sud-Africain ne sont pas les mêmes que ceux de l’agriculteur Somalien. Les femmes, premier moteur de l’agriculture sur le continent, ont encore trop peu accès à la terre. Doit-on recourir à des systèmes de location de terrain ? Comment encourager les fermes familiales à grandir pour devenir de véritables entreprises ? Tant de questions qui sont les bases même de la définition de modèles de financement permettant à l’agriculture africaine de s’épanouir.

Source : Tishange Mbewu

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Les richesses agricoles du continent sont nombreuses mais le continent est de plus en plus dépendant des importations. 35 milliards de dollars de denrées ont été importées en 2011[4]. La solution pour Khaled Igue, directeur du Think Tank 2030 serait de réduire les importations et tripler le rendement. L’intervenant au ALBC Forum pense que cela est possible au vu du gaspillage sur le continent. Une grosse partie de la production est jetée ou perdue à cause des difficultés de stockage ou d’acheminement. Il nous faut des routes et des marchés solides. Il faut reconstruire la chaîne, du producteur au client. “L’Afrique doit faire en 50 ans les changements que d’autres continents ont effectué sur 5000 ans” a ajouté Moussa Seck du Consortium Panafricain de l’Agribusiness.

Ndidi Okonkwo Nwuneli a quitté son emploi de consultante en management aux Etats-Unis pour rentrer dans son pays, le Nigéria. Elle y dirige la fondation FATE, une organisation de développement entrepreneuriale et a fondé l’AACE Food Processing & Distribution, une société agro-industrielle. Elle insiste sur la nécessité de produire pour nourrir le continent avant de penser à exporter. “Tout ce que l’on importe, cherchons à le produire sur place” a-t-elle martelé. Il est temps que nous consommions les produits locaux. Il est temps que les marques locales s’appliquent à produire de la qualité capable de concurrencer les importations. Il est temps que nos gouvernements se mobilisent pour soutenir la production locale. Les cas de multinationales ayant écrasé des business locaux sont nombreux. Comme l’a souligné Alexandre Vilgrain, Directeur Général de SOMDIAA, « on ne peut pas demander aux grandes entreprises d’investir moins ou de ne plus envahir le marché mais on peut se mobiliser pour avoir des valeurs fortes en face. »

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L’agriculture africaine peut aujourd’hui bénéficier de la technologie. Les drones sont de plus en plus utilisés. Nous sommes loin de la fermière africaine représentée avec sa hotte sur le dos, sa houe et sa machette dans les mains. Très peu de fertilisants sont utilisés pour l’instant mais beaucoup de ceux qui le sont, ne sont pas suffisamment contrôlés. La question écologique est importante car il faut permettre aux sols d’être arables sur la durée. L’agriculture itinérante sur brûlis a détruit énormément de terres. Les pesticides doivent eux aussi être au centre des discussions.

L’ALBC Forum s’est terminé sur le discours très émouvant de Eleni Gabre-Madhin, fondatrice d’Eleni Exchanges, leader des échanges commerciaux entre le Cameroun et la Tanzanie, entre autres. Elle a évoqué la grande famine en Ethiopie et la difficulté que ça a été pour elle, vivant aux Etats-Unis, d’entendre parler de sa patrie comme d’une cause désespérée. Cette période a été à la base de sa motivation pour faire des études sur le secteur. Elle a insisté sur la nécessité d’échanges panafricains.

Aujourd’hui, l’image de l’Afrique est un peu la même pour tous : ce continent à qui il faut tendre la main, à qui il faut sans cesse donner. On parle pourtant d’un continent immensément riche. Il y a les ressources, il nous manque la méthode. Selon vous, comment rendre l’agriculture pérenne en Afrique dans le futur?

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[1] source: Programme des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture
[2] source: ONU
[3] source: planetoscope
[4] souce: Programme des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture

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