PAOLA AUDREY NDENGUE : « CE QUI COMPTE C’EST D’ÊTRE EN CONDITION DE CRÉER OU SAISIR LES OPPORTUNITÉS QUAND ELLES ARRIVENT »

Paola Audrey NDENGUE

Elle se définit comme une créative. Paola Audrey Ndengue est la toute nouvelle Responsable du marketing et des partenariats recrutée par la fondation MTV Staying Alive, pour le lancement de la première version francophone de la série MTV Shuga en Côte d’Ivoire. C’est avec beaucoup d’enthousiasme qu’elle nous parle de ses activités et de ses convictions.

Inspire Afrika : Quelles sont les activités de Pannelle & Co ?

Paola Audrey Ndengue : Au début, nous faisions principalement des Relations Presse et l’accompagnement de talents/projets créatifs. Ces 14 derniers mois, nous avons reçu beaucoup de demandes pour ce qui est de la mise en place des stratégies d’influence pour des marques. Et enfin, nous travaillons également sur la création et la production de contenu. En fin d’année dernière, j’ai fait le choix de réduire le nombre de clients, pour pouvoir ainsi ne travailler que sur des projets pour lesquels j’ai un intérêt particulier. Par exemple, nous avons une web-émission que j’ai écrite, produite et animée qui sera bientôt diffusée sur les plateformes de TV5 Monde. Nous avons également travaillé sur des campagnes pour des marques telles que Yves Rocher ou plus récemment, un projet pour Maybelline.

I.A : Justement, nous avons vu justement une photo avec Yemi Alade sur le tournage d’une émission de Maybelline…

P.A.N : Ce projet a été conçu et porté par Webedia Afrique, et nous avons été leur partenaire sur le plan local. Il s’agit d’une émission disponible sur la chaine YouTube de Maybelline NY Africa qui s’intitule Makeup in the cities Africa. L’émission, dont le premier épisode a été diffusée le 8 Mars dernier est une émission panafricaine sur le make up, présentée par Yemi Alade. Dans le premier épisode, on peut notamment y voir la chanteuse kenyane, Victoria Kimani, qui y donne des conseils maquillage.

I.A : On sait que tu es également une fan de musique urbaine.  La web-émission avec TV5 Monde sera-t-elle dédiée à la musique ?

P.A.N : La musique aura bien sûr une place importante dans cette nouvelle émission, mais ce sera plus large que ça. Il s’agit d’une émission mettant en avant la pop culture afro. On parlera de musique, mais aussi de séries, de culture, de mode, de sorties cinéma. Je reste dans l’univers dans lequel j’évolue de manière quotidienne, juste qu’il sera présenté sous un format vidéo. Je souhaite aussi me servir de cette plateforme pour promouvoir les contenus et talents africains qui méritent d’être plus connus, comme je le fais déjà via mes réseaux sociaux et ma newsletter.

I.A : Il y a un an, tu mentionnais MTV Shuga dans un Tweet, leur demandant quand est-ce qu’une version française de la série serait disponible. Un an après, tu es en charge du marketing et des partenariats pour la première version francophone de cette série. Est-ce le fruit du hasard ?

P.A.N : Je regarde la série Shuga depuis 2009. Donc ce tweet d’il y a un an est mon troisième ou mon quatrième au sujet de la version francophone de Shuga. Plus je suivais la série, plus je l’appréciais, et plus je me posais la question : « Pourquoi en Afrique Francophone nous n’avons pas de série équivalente ? ». Puisque je surveille l’actualité de la série depuis son lancement, j’ai suivi la conférence de presse qu’ils ont donnée à Johannesbourg en Septembre 2018. La production annonçait alors qu’il allait y avoir une nouvelle saison Sud-Africaine, et qu’il y aurait également une série francophone qui serait tournée en Côte d’Ivoire. J’étais bien sûr heureuse et j’ai relayé l’information sur mes réseaux sociaux. Je me disais qu’il fallait que je trouve un moyen de participer à l’initiative, mais je ne pensais pas forcément à être le support local du projet. Je me disais que j’aiderais peut-être sur le choix de la musique, ou sur d’autres aspects créatifs. Je voulais juste pouvoir participer ! Une chose en entrainant une autre, j’ai eu vent qu’ils recherchaient quelqu’un pour gérer le marketing, la coordination et les évènements autour de la série en Côte d’Ivoire. Je me suis dit que c’était peut-être mon ticket d’entrée car tout ce qui était marqué sur l’offre correspondait à des compétences que j’avais. J’ai manifesté mon intérêt. Une évaluation a suivi, et en janvier, c’était fait.

I.A : A quand le premier épisode de la série MTV Shuga ?

P.A.N : Pour le moment, je ne peux pas dire grand chose. Les informations seront données très bientôt lors d’une prise de parole officielle de la Fondation MTV Staying Alive.

I.A : L’annonce de ta nomination a créé une petite polémique sur Twitter. Tes prises de parole de manière générale créent souvent la polémique. Pourquoi aujourd’hui on est face à cela ?

P.A.N : C’est assez drôle, je dois dire. De manière générale, j’ai des prises de position et un ton assez marqué sur certains sujets. De facto, il y en a qui sont très souvent en désaccord avec moi, ce qui est plutôt normal. Mais d’autres personnes (que je ne connais ni d’Adam, ni d’Ève le plus souvent) sont motivées par une espèce de rancœur que je ne m’explique pas moi-même (rires).

Cette « polémique » est née d’une brève annonçant ma nomination, brève que j’ai découverte comme tout le monde quelques jours auparavant. Bien que je sois flattée qu’ils m’aient consacré quelques lignes, j’ai immédiatement signalé les erreurs au média en question, et l’on m’a signifiée le jour même que l’information corrigée serait mise en ligne très rapidement. J’ai donc attendu mais ne voyant pas l’article arriver en ligne, j’ai cédé à l’impatience et dans l’euphorie du moment, je n’ai pas précisé ce qui n’était pas exact. Ce n’était clairement pas une chose à faire, et j’aurais dû prendre mon mal en patience (l’article corrigé a été mis en ligne entre temps). Je comprends absolument que certaines personnes aient réagi, je suppose qu’on attend plus de probité de ma part que d’une personne lambda. M’excuser pour cette bourde est donc la moindre des choses. Par contre, cette histoire s’est limitée principalement aux twittos camerounais. En dehors de cet environnement très spécifique, peu de gens se sont attardés sur le sujet, en sont même au courant ou semblent y trouver un intérêt majeur (c’est même souvent moi qui leur apprends la chose). Une tempête dans un verre d’eau, en somme.

Ceci dit, ça a été une « expérience » intéressante car d’une part, je pense que je n’avais toujours pas bien saisi la portée de ce que je dis ou ne dis pas, ce que je poste ou ne poste pas. Je me tiens toujours à bonne distance des étiquettes « Influenceuse » ou « Personnage public » qu’on me colle souvent, mais vu la proportion un peu absurde prise par cette affaire, je suppose que je dois revoir mon jugement (rires). Mais elle m’a aussi ouvert les yeux sur la nature des réelles relations que j’ai avec certain(e)s que je considérais jusqu’ici comme des « pairs » dans le milieu créatif, notamment musical. Autant je reconnais ma bourde et je m’en excuse sans problème, autant il faut reconnaître que beaucoup de gens s’en sont servis pour tenter de réduire à néant un travail visible de tous depuis 2007. Heureusement que ce ne sont pas sur des tweets que je suis jugée mais sur ce que je fais, sur l’énergie que je mets dans les projets dans lesquels je m’engage.

Quoi qu’il en soit, j’ai reçu aussi énormément de soutien et de félicitations ou encouragements ! Bien plus même que je n’ai reçu de commentaires négatifs pour être honnête, et j’en suis touchée. Par ailleurs, cela a attiré l’attention de grands médias internationaux qui depuis, m’ont contactée pour parler de mon travail. Comme quoi, quelque chose de super positif en est sorti à la fin, plutôt drôle non ? (rires).

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I.A : Tu rêves grand, on a vu la différence, et en un an, tu as réalisé un rêve. Quel est ton secret ?

P.A.N : Je n’ai pas de secret – j’aurais aimé en avoir – mais je crois au pouvoir de la vision sur le long terme. Il y a une expression qui dit que « la chance c’est ce qui arrive quand la préparation rencontre l’opportunité ». Depuis un an, mes interlocuteurs (politiques, directeurs de multinationales etc), les marques et les entreprises avec lesquelles j’interagis sont d’un tout autre calibre. Parfois j’en suis moi-même surprise, et parfois je me dis que c’est aussi le fait d’avoir été constante.

Résultat de mon éducation, je ne m’endors pas vraiment sur mes lauriers et en général, une fois que j’ai atteint un objectif, je m’en lance tout de suite un nouveau, et ainsi de suite. Je suis tellement axée sur cette façon de faire – apprise depuis le projet Fashizblack – que je n’ai pas le temps de me retourner pour apprécier l’action que j’ai posée avant. C’est pour cette raison qu’une fois que l’opportunité se présente, de manière générale, je suis prête. Il faut absolument avoir une vision de soi sur le long terme car cette vision permet de structurer sa manière de voir et d’agir.

I.A : En tant que femme, est-ce une chose simple que d’être entrepreneure en Afrique ?

P.A.N : Je ne me suis jamais dit que parce que je suis une femme, certaines choses m’étaient de fait inaccessibles. C’est surement la conséquence de l’éducation de mes parents, et surtout de l’influence de ma mère. Elle n’a jamais émis le fait qu’être une femme soit un avantage ou un inconvénient. Elle m’a éduquée comme elle aurait éduqué un garçon et aujourd’hui, ça m’aide énormément. Mon genre n’est pas un facteur déterminant pour moi. Cependant, je ne cacherai pas que parfois je suis confrontée à des situations où on me rappelle rapidement que je suis une femme, bien sûr.

Ce que j’ai fini par observer, c’est que de manière générale, quand je suis face à une difficulté, j’ai des opportunités encore plus grandes qui se présentent à moi quelques temps après. Ce qui compte, c’est d’être en condition de créer ou saisir les opportunités quand elles arrivent. Pour vous citer un exemple, j’ai mentionné plus haut le nom de quelques clients que j’ai aujourd’hui ; mais il faut garder en tête qu’il y a encore quelques mois, je me posais des questions sur la pertinence d’une agence créative comme la mienne en Afrique francophone, sur un possible déménagement vers le Nigeria ou le Ghana où je serai peut-être un peu plus épanouie professionnellement. Mais je n’ai rien lâché, j’ai dû m’organiser autrement après avoir analysé la situation. Que l’on soit un homme ou une femme, se remettre en question en permanence dans la gestion de projet (sans tomber dans le manque de confiance en soi) est essentiel pour avancer. Et c’est ce que j’essaie de faire.

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