NOTCHAGANG: NOIRE ET ALORS?

Fleur K'rel, promotrice de l'ONG Ebène

Traumatisme postcolonial ? Critère de valeur classant la peau claire au-dessus des autres dans la majorité des sociétés africaines? Depuis les années 60, le phénomène de la dépigmentation en Afrique prend de l’ampleur. Cependant des courants nouveaux ont vu le jour pour contrer ce fléau. L’ONG ivoirienne EBENE via son concept NoTchaGang en est un bel exemple. Entretien avec sa fondatrice Fleur K’rel.

IA : Parlez-nous un peu de votre inspiration, d’où vous est venue l’idée d’une telle ONG ?

Fleur : L’idée est venue de frustrations récurrentes vécues au sein de la société abidjanaise. J’ai eu le déclic lors d’un entretien d’embauche au cours duquel le Directeur des Ressources Humaines, agacé de voir défiler dans son bureau des femmes au teint foncé, a crié  son mécontentement à  sa secrétaire en spécifiant bien qu’il ne voulait s’entretenir qu’avec des femmes à la peau claire. Cette réaction m’a interpellée. Nous les femmes au teint foncé n’avons-nous pas notre place au sein de la  société ? Dois-je me dépigmenter la peau pour trouver un emploi? Après réflexion, j’ai décidé de créer une ONG pour défendre la cause des femmes au teint noir.

IA: Quelles sont les actions que vous menez?

Fleur : Nos actions sont axées sur la sensibilisation de  la gent féminine avec l’appui du ministère Ivoirien de la santé. Nous souhaitons qu’un maximum de personnes participent à la revalorisation du teint naturel, de  sorte à bannir les stéréotypes qui frustrent et poussent les femmes noires à sacrifier leur teint au profit d’une intégration dans la société. Nous faisons des conférences dans les écoles, de la sensibilisation dans les quartiers pour revaloriser le teint noir, ainsi que  des shooting photos et des défilés pour montrer la beauté du teint noir un peu partout sur les réseaux sociaux. La dépigmentation de la peau  est appelée dans le jargon ivoirien « Tchatcho ». La NoTchaGang (NON aux produits éclaircissants) vient en réponse à la Tchagang (Un groupe de femmes ivoiriennes qui se dit fier de se dépigmenter). La NoTchaGang est un groupe de jeunes femmes qui clame  leur fierté et assume la peau naturelle.  C’est aussi une appellation qui parle selon nous aux jeunes sur les réseaux sociaux. La dénomination officielle de notre ONG est le groupe EBENE.

 IA: Comment appréciez-vous l’action du gouvernement ivoirien visant à interdire la vente de produits cosmétiques à fort taux d’hydroquinone ?

Fleur : Le gouvernement fait de son mieux pour freiner ce fléau. Néanmoins, d’autres mesures doivent  être prises pour un véritable changement de mentalités et d’habitudes au sein des populations. Par exemple, interdire tout produit esthétique dont les composants peuvent avoir des conséquences désastreuses sur la santé. Egalement sensibiliser les populations contre l’exclusion des femmes à la peau foncée.

IA: Le Mot de la fin ?

Fleur : Je dirais que chacun devrait apprendre à s’accepter et à s’aimer. À défaut, corriger ce qui gêne sans que cela n’impacte négativement la santé. Nous devons cesser d’imposer des critères qui ostracisent une tranche de la communauté. La peau noire est une référence.

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