La Musique Urbaine camerounaise, un univers plein de promesses

Locko, Daphné, Tenor, Museba, Jovi ou Mr Leo, autant de noms que l’on pourrait citer pour parler de la musique urbaine au Cameroun. Depuis bientôt une décennie, celle-ci a pris le pas sur les autres formes de musique, et s’impose même au-delà de ses frontières. Mais soyons plus concrets, que pouvons-nous clairement dire de la musique urbaine camerounaise ?

Elle peut se décliner sous les aspects suivants : La productivité des artistes ou de leurs labels, la diffusion, la distribution des contenus, les performances des différents acteurs ou tout simplement le succès. Mais il faut aussi tenir compte de l’envers du décor : les contraintes locales, les questions administratives, les difficultés financières ou simplement les relations tumultueuses entre les acteurs.

Le talent, c’est ce qui manque le moins. Pour Brice Albin YAMEDZEU, radio host et consultant pour Universal Music, « les artistes de musique urbaine sont très talentueux et les plus travailleurs réussissent toujours ». Ce qui devrait justifier que le Cameroun soit aussi prolifique. Sur les chaines de musique urbaine, la diffusion des contenus camerounais a fortement progressé. On peut même observer qu’on trouve en moyenne 4 camerounais dans le top 20 des hits  (Top African Hits sur Trace Urban, ou encore sur Trace Africa), chaque mois, ce qui témoigne d’un niveau soutenu de talents, mais aussi de qualité de la production. En effet les chaines musicales imposent des standards de qualité aux clips à diffuser, tant sur le plan de l’image, que sur celui de la direction artistique. Les artistes camerounais, ainsi que leurs maisons de disque ne semblent pas trouver de difficulté à s’y conformer. L’on peut aussi observer leur présence sur les plateformes internationales de streaming.

Un autre phénomène est la prolifération des concerts. Les artistes multiplient de plus en plus les prestations scéniques au Cameroun et en dehors, en témoignent les tournées récentes de Maalhox ou de Stanley Enow qui a récemment fait un concert avec 10 000 spectateurs à Bafoussam, ou plus loin encore de X-Maleya il y’a quelques années.

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Au-delà de ces performances remarquables, l’on peut dire que la musique urbaine camerounaise a une identité. Patou Ebongue (cofondateur du label Secteur Ä et actuel manager de Maalhox) partage d’ailleurs l’avis de Brice Albin, en précisant « qu’au fil des dernières années, la musique urbaine camerounaise s’est imposée comme un style à part entière, mais surtout le style local qui se vend le mieux à l’extérieur ces dernières années » ; Extérieur où des artistes tels que Stanley Enow au MMA, Locko avec Coke Studio, Dynastie Le Tigre avec un de ses titres repris dans un concours de musique au Togo ou Franko avec sa tournée européenne et son buzz sur YouTube (avec plus de 49 millions de vues), ont tous rendu fier plus d’un camerounais.

Il faut reconnaitre que ce succès n’est pas uniquement le fait des artistes. L’univers camerounais regorge de labels productifs et professionnels qui travaillent (avec acharnement diraient certains) afin de produire les meilleurs contenus possibles. On peut citer Empire Company, le label de Pit Baccardi, de retour au Cameroun (Alléluia !), Alpha Better Records, Big Dreams, New Bell Music, Zone 2 rap, Motherland Empire, Hope Music, XM Music ou encore Steven Music Entertainment. Les artistes sont désormais encadrés de professionnels qui mettent à leur disposition des moyens techniques importants, mais qui négocient aussi des collaborations et des prestations qui rehaussent le niveau de l’industrie. Des artistes désormais moins en vue comme Krotale, Koppo ou Lady B, peuvent être fiers d’être ceux qui ont « drivé » le succès de la musique urbaine camerounaise. Au moins sur ce plan, les plus anciens ont ouvert la porte aux jeunes. Des jeunes qui n’hésitent pas à s’associer entre eux pour le plaisir de leurs fans comme le collectif Power. La multiplication des featurings – qu’on aurait supposé atypiques car associant diverses générations de la musique camerounaise (Jacques-Gregg Belobo et Magasco, Tenor et Mani Bela, Ben Decca et Daphné, Claude Ndam et Stanley Enow, et plusieurs autres) – est aussi à relever. Mais que dire des métiers intermédiaires comme l’évènementiel ? Il existe au Cameroun des maisons comme EasyGroup, On-Spot Cameroun, ou IconProd pour ne citer que celles-là, qui réussissent, dans un univers assez délicat, à proposer des scènes de spectacle séduisantes, riches en couleurs et pleine de vie. Leur implication dans la vie de la musique urbaine camerounaise a permis de répondre aux exigences des labels d’artistes internationaux comme Stromae, Wizkid ou Fally Ipupa.

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Néanmoins, si le succès est au rendez-vous pour les artistes, il faut reconnaîtr qu’il n’est ni spontané, ni le fruit du hasard. Comme tout environnement musical qui fonctionne plus ou moins, il existe des situations de plagiats, de clashs sérieux entre artistes. Mais le réel problème de la musique camerounaise reste la distribution. En effet bien que la majorité des artistes les plus en vue puisse affirmer vivre de leur musique, beaucoup de labels ont encore de la peine à rentabiliser leurs investissements. Le problème est réel et se présente sous quelques volets. Les limites du marché numérique, le coût d’organisation d’un spectacle et la piraterie. Le comportement d’achat d’un support audio (CD ou DVD) est très rare au Cameroun en général. Très souvent les achats sont faits de manière spontanée et principalement sur des compilations faites par des réseaux de piraterie. Les maisons de disques, les labels et entreprises d’évènementiel se battent pour offrir des spectacles de bonne qualité, mais sont confrontés à des réalités qui imposent de revoir leurs ambitions à la baisse. Le Cameroun ne dispose pas réellement d’une salle de spectacle grand public polyvalente. L’on a souvent recours soit au palais des sports de Yaoundé (pas vraiment conçu pour des concerts), soit à des esplanades sujettes aux intempéries et à la météo, ou pire encore à des salles de fêtes qui limitent l’affluence, mais imposent des prix qui éliminent une forte partie de la population. Il faut par ailleurs considérer que la plupart des maisons de production ne peuvent organiser un spectacle décent que si le budget dudit spectacle est sponsorisé au moins à 70%.

Par contre les plateformes de distribution numérique sont, soit élevées dans leur coût (à l’instar de ITunes), soit non disponibles au Cameroun (pour le cas de ce cher Spotify). Ce qui d’une part justifie aussi que la diaspora camerounaise représente un marché certain pour nos artistes locaux, car leurs œuvres sont présentes sur ces plateformes internationales qui sont beaucoup plus utilisées en Europe, Amérique et dans certains pays Africains (Afrique du sud ou Nigeria). Depuis peu, les camerounais peuvent pleinement profiter de Deezer (ce n’est pas trop tôt !), mais ceci uniquement grâce à un accord avec un opérateur de téléphonie mobile local. Il ne serait pas trop osé de penser une plateforme de streaming payante, locale, qui faciliterait plus le contact entre l’œuvre de l’artiste et son public. En attendant, à travers Internet et le réseau Facebook précisément, la plateforme BimStr (@bimstr237) est très active dans la promotion et l’aide à la découverte des musiques camerounaises. Ce qui résout à un niveau non négligeable, le problème partiel d’informations sur les nouveautés musicales. S’agissant de proximité, Brice Albin (encore lui) a récemment lancé un concept intéressant qui serait un tremplin pour une meilleure expression de la musique urbaine au Cameroun : TCHIN ! Un moment de détente autour d’un verre avec un artiste ou une personnalité de la scène artistique qui discute avec lui, le temps justement, de faire un toast et de vider son verre. Un moment d’intimité (bien que diffusé) qui permet au public de connaitre les combats et les parcours des artistes. Le premier épisode a d’ailleurs été tourné avec Locko.

Pour conclure, nous sommes en mesure d’affirmer que la musique urbaine camerounaise a encore de beaux jours devant elle, notamment parce que le Cameroun regorge de talents et que ceux-ci peuvent bénéficier d’un certain encadrement. En plus des professionnels qui ont importé leur savoir-faire international sur la scène locale (Patou Ebongue, Pit Baccardi, etc.), l’univers camerounais de la musique urbaine peut aussi compter sur un major de l’industrie de la music et du spectacle, Universal Music qui a récemment enrôlé Tenor, et compte bien améliorer le travail fait jusqu’ici par les artistes et leurs encadreurs.

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