Le divertissement en Afrique francophone

Depuis 2014, selon la Banque Africaine de Développement, 1 africain sur 3 fait partie de la classe moyenne. Les performances économiques du continent ont permis de faire éclore un nombre important de jeunes cadres, d’entrepreneurs et un retour important d’anciens expatriés. Cette classe moyenne qui réussit à subvenir à la plupart de ses besoins primaires a besoin de divertissement pour s’épanouir. Sur la partie anglophone du continent, l’offre en matière de divertissement est variée. Nollywood et Ghallywood ont conquis tout le continent. Les chaînes produisent des contenus de qualité avec des émissions sur la musique ou la mode comme celle de Diana Opoti[1] qui sont suivies par des millions de personnes. Les fashion weeks se multiplient, les galeries d’art mettent en avant les artistes contemporains. Des stars internationales viennent se produire sur les scènes sud-africaines ou nigérianes au côté des super stars locales. Le constat est clair et reconnu de tous, l’Afrique Anglophone a un pas d’avance concernant le divertissement. Qu’en est-il donc de l’Afrique Francophone? Qu’est-ce qui est fait aujourd’hui dans l’industrie du divertissement? Quelles sont les améliorations à attendre.

Musique

Au lendemain des indépendances, le Makossa et la Rumba congolaise passent sur toutes les radios en Afrique comme ailleurs. Michael Jackson sample en 1982 le soul makossa de Manu Dibango dans Wanna be startin something. En 2000, toute l’Afrique danse sur Loi de Koffi Olomidé. L’Afrique Francophone a le vent en poupe. Quelques années plus tard, le zouglou et le coupé-décalé emmené par le regretté Douk Saga font danser tout le monde.

Loin des Blick Bassy, Dobet Gnahoré ou Amadou et Mariam qui font de nombreux festivals internationaux, les concepts s’enchaînent et font danser le continent. Les Toofan nous font gweta, Serge Beynaud nous apprend le kababléké, Fally Ipupa ne compte plus ses succès.

Le hip hop connaît une nouvelle dynamique avec des artistes tels que Stanley Enow, Jovi ou le groupe Kiff no Beat.

Malheureusement, mis à part les Kora Awards, aucune grande cérémonie d’Awards n’existe encore pour récompenser ces artistes. Le flou sur les ventes d’album à l’époque du piratage et le manque de salles pour les concerts live ne permettent pas l’éclosion d’un véritable marché de la musique en Afrique francophone.

Art

 

Aminata Faye par Omar Victor Diop

Aminata Faye par Omar Victor Diop

L’art africain se porte bien. L’art classique bat des records lors des ventes aux enchères. En décembre 2014, Sotheby’s Paris[2] a réalisé 12 millions d’euros au cours d’une vente d’art africain et océanien. Les collectionneurs s’arrachent les masques Kwele comme les fétiches Tékés. Les maîtres de la sculpture ivoirienne s’exposent au Musée du Quai Branly à Paris attirant tellement de monde qu’une exposition virtuelle a été organisée à Abidjan pour que les habitants du pays d’origine des œuvres puissent aussi en profiter. C’est cela le souci, les œuvres classiques africaines les plus importantes transitent énormément sur les autres continents où les musées et galeries d’arts ont les moyens de les déplacer et de les conserver au détriment des musées locaux.

L’art contemporain a quant à lui trouvé une place de choix dans les galeries en Afrique Francophone. L’univers coloré et les autoportraits « historiques » de Omar Victor Diop séduisent le monde et s’exposent au musée de Ouidah (Bénin) aux côtés des Romuald Hazoumé, Samuel Fosso, Frédéric Bruly Bouabré ou Cyril Tokoudaga. Qu’ils s’illustrent dans la peinture, la photographie ou la sculpture, les artistes contemporains de l’Afrique Francophone se font une place de choix dans le monde de l’art en s’exposant localement comme à l’international.

Grand écran

Après les indépendances, les cinéastes d’Afrique francophone sont prolifiques et produisent des œuvres inoubliables. Bal poussière (1989), Quartier Mozart (1992), le mandat (1968), Yeleen (1987) et bien d’autres sont des classiques. Après le début des années 90, la production s’essouffle un peu comme toutes les industries après la dévaluation du franc CFA.

Le cinéma en Afrique francophone dépend beaucoup des subventions extérieures. Les cinéastes, qui s’essaient, sans moyens financiers conséquents, produisent des films difficilement exportables et qui ont du mal à trouver leur public. Cependant, le film d’auteur africain s’exporte dans les festivals. En 2014, Timbuktu remporte la palme d’or à Cannes. Le film n’a cependant pas été diffusé dans bon nombre de pays francophones. Menacées par le piratage et le téléchargement illégal, les salles de cinéma ont fermé un peu partout. Au Sénégal, Cinéwax se bat pour créer des petites salles à travers le pays. Les festivals comme le Fespaco au Burkina Faso ou Les Ecrans Noirs au Cameroun font vivre une semaine par an ce cinéma qui a besoin de plus de visibilité.

Télévision

 

La série Chroniques Africaines, diffusée sur A+

La série Chroniques Africaines, diffusée sur A+

L’Afrique francophone a longtemps vécu au rythme des sagas familiales qu’ont été les Bobodiouf et la série Ma Famille. Aujourd’hui, remplacées très souvent sur les chaînes locales par les séries sud-américaines ou indiennes, les séries s’exportent sur Internet. Les web-séries, largement réalisées par la diaspora, connaissent un grand succès. Cependant, les faibles débits internet dans les pays d’Afrique francophone limitent l’accès à un certain rang de privilégiés. La plupart de ces séries manquent encore de professionnalisme quant au matériel vidéo ou au jeu des acteurs et l’argot souvent très typé selon les pays ne permet pas une exportation facile.

La télé-réalité fait petit à petit son entrée dans les programmes en Afrique francophone. Les sujets sont axés pour l’instant sur la musique et la mode principalement et les candidats sont loin d’être filmés 24/24. En janvier 2014, l’émission « Case Saramaya – C’est moi la plus belle » diffusée sur Africable défrayait la chronique au Mali quand une vidéo de casting présentant des candidates s’exprimant à peine en français a fait son apparition sur internet.

Les talk show ont la part belle et chaque chaîne a un programme du type sur un plateau plus ou moins bien décoré. Caroline Da Sylva dans l’émission C’midi sur la chaîne ivoirienne RTI parle d’actualité, discute des questions de société et reçoit les personnalités qui font l’actualité du pays. Ces programmes font partie des plus suivis et des plus commentés sur les réseaux sociaux par les téléspectateurs.

Le divertissement en Afrique Francophone souffre du manque d’infrastructures qui y sont dédiées. Cependant, avec la montée de la classe moyenne, les acteurs du secteur se multiplient. Les médias francophones créent des antennes spécifiques à cette partie du globe. Canal + a créé en 2014, la chaîne A+ qui diffuse du contenu original provenant d’Afrique. La série Chroniques africaines diffusée sur A+ a d’ailleurs gagné le prix de la meilleure série au Fespaco 2014. De nombreux entrepreneurs locaux investissent dans l’organisation de soirées ou l’ouverture de boîtes de nuit et bars lounge. Il y a une niche de consommation à exploiter mais avant de pouvoir prétendre à une place sur la scène internationale, l’industrie du divertissement en Afrique Francophone doit construire des bases que ce soit pour la qualité du produit ou pour sa distribution.

[1] Designing Africa est une émission diffusée sur Africa Magic qui parle de l’évolution de la mode en Afrique
[2]Sotheby’s est un groupe de sociétés internationales de vente aux enchères d’œuvres d’art, le plus ancien du monde et dont la société tête de groupe est la seule à être cotée à la bourse de New York et à celle de Londres
Photo principale : Caroline Da Silva, présentatrice de C midi diffusée sur RTI

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