JULIE WANGECI WANG’OMBE : « AUCUNE CONNAISSANCE N’EST VAINE LORSQU’ON VEUT GRANDIR ET EVOLUER »

Mondialisation. Interconnexion. Innovation.

Ces 3 mots font partie des mots les plus utilisés à l’heure actuelle. Tous les trois illustrent la même réalité : notre monde est en mutation.

Plus que jamais, nous sommes la génération des jeunes millionnaires autodidactes, la génération d’une prise de conscience politique et sociale sans précédent, la génération de la promesse et du changement.

Au milieu de tout cela, le mode de pensée auquel nous avons été habitués en tant que jeunes a aussi changé. Je parle notamment de nos parents, et comme exemple, je vais évoquer leur rapport à l’éducation et à la vie professionnelle.

Ils étaient pragmatiques dans leurs choix de carrières. Nombreux d’entre eux suivaient simplement la filière qui leur semblait la plus utile à suivre (Médecine, Droit, etc.). Pour la majorité, un job n’était rien d’autre qu’un job, un moyen de payer ses factures et prendre soin de sa famille.

A contrario, NOUS semblons de plus en plus attachés à l’idée de poursuivre à tout prix nos rêves et nos passions. Nous voyons nos carrières professionnelles comme un moyen de laisser une trace, un héritage, d’être vrais avec nous-mêmes, mais surtout d’être heureux. Là où nos parents pensaient local, nous pensons global. Ils étaient plus enclins à garder leurs emplois, nous sommes aujourd’hui encouragés à créer des emplois en montant nos propres entreprises.

Je vais continuer. Contrairement à nos parents, nous sommes plus autonomes. Libres de nos choix, libres d’emprunter des voies considérées autrefois comme non conventionnelles : musique, art, littérature, design, photojournalisme, etc.

On est passé de « que vaut ce diplôme sur le marché du travail ?» à « est ce vraiment ce que je veux faire aujourd’hui ? Est ce que j’aime faire ? ».

Les leaders ou les « success stories » célébrés dans les médias influencent fortement la réponse à ces deux dernières questions. Bien plus que la génération précédente, nous changeons (plusieurs fois) de parcours académique, nous quittons l’université, parce que nous sommes convaincus que nous pouvons faire sans pour atteindre nos objectifs.

Oui, le monde a changé.

Il est important de considérer cet aspect des choses pour analyser notre monde aujourd’hui. Le talent naturel, la passion et les rêves sont plus que jamais mis en avant aujourd’hui. Et c’est tant mieux !

Toutefois, je pense _ et j’aimerais pouvoir être corrigée si je me trompe _ que sur le long terme, cette manière de voir les choses peut avoir tendance à romancer la réalité. Dans un environnement où le chômage fait rage, nous nous devons de trouver un équilibre judicieux entre les ambitions personnelles, les rêves, et la réalité.

Les fulgurantes carrières de Steeve Jobs, Bill Gates et autres Marc Zuckerberg font rêver.

Mieux, elles sont sources d’inspiration.  Cependant, on a tendance à oublier un certain nombre d’éléments essentiels : leur réputation ne s’est pas construite instantanément. Cela leur a pris du temps. Beaucoup de temps. La plupart d’entre eux n’ont jamais vraiment voulu quitter l’école.

Les circonstances, et surtout les contraintes liées à l’entrepreneuriat les ont amenés à le faire.

J’ai récemment participé au Story Moja Hay Festival à Nairobi*. Après avoir écouté l’intervention de Chief N., un juriste stagiaire devenu dessinateur de BD (très réputé au Kenya ceci dit), mon ami lui a demandé ce qu’il conseillerait auxjeunes qui  rêvent de faire comme lui. En effet,  la carrière de Chief n’a aucun lien avec sa formation académique et cela apparaît comme un signal fort : ces jeunes pensent qu’ils peuvent de manière légitime, abandonner leur parcours scolaire pour aller à la poursuite du succès dans un domaine où ils s’estiment être doués. Dans sa réponse, Chief a précisé que la plupart des entrepreneurs qui décident de quitter l’université sont ceux qui ont capitalisé une expérience assez significative et qui peuvent donc se passer des enseignements théoriques et pratiques dont on peut bénéficier dans un environnement académique. Il a aussi précisé que ses études lui ont été d’une grande utilité dans son changement de carrière.

Ceci renvoie à un autre élément que nous oublions souvent: il existe un lien évident entre connaissance et information. Aucune connaissance n’est vaine lorsqu’on veut grandir et évoluer. Tout dépend de la manière dont on exploite ses acquis.

Il y’a quelques temps déjà, j’ai bénéficié d’une reconnaissance à l’international car j’ai eu à rédiger le discours de victoire de l’actuel président du Kenya. J’ai dû pour cela quitter l’université de DUKE  (l’une des plus prestigieuse au monde) avec une autorisation d’absence pour me rendre au Kenya.

Aujourd’hui j’y vis, et je suis retournée à l’Université. Beaucoup de gens ont du mal à comprendre cela. Ils se demandent comment une personne qui a rédigé le discours du président décide encore de suivre des cours en Université.

Et pourtant, cette expérience m’a permis de mesurer la pertinence de mon parcours académique.

Etant exposée à l’environnement du travail pendant un moment, j’ai pu en voir les applications précises sur le terrain.

Je ne cacherais pas que si à cette époque je suis rentrée à l’université, c’est aussi parce que le diplôme, surtout en Afrique, reste un gage de compétence et le minimum syndical pour entamer une vraie carrière professionnelle.

Oui, le monde a changé, mais ses fondements restent les mêmes.

 

Julie Wangeci Wang’Ombe

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

− 4 = 2