Jacqueline Ngo Mpii : « Au Mexique, on recense près d’un million d’afro-descendants, c’est énorme ! »

Jeune entrepreneur de 28 ans, Jacqueline Ngo Mpii est fondatrice de Little Africa, éditrice, auteur, guide et consultante. Un vrai couteau suisse ! Et elle le reconnait  » Ça a l’air de faire beaucoup, mais une fois qu’on se lance dans l’aventure entrepreneuriale, on se découvre plusieurs talents qu’il est important d’embrasser et de développer. Il ne faut négliger aucune compétence ! « . Si vous aimez Paris, l’Art et l’Afrique, vous allez adorer Little Africa et sa créatrice.

Racontez – nous l’aventure Little Africa : Quand a-t-elle commencé ? Qu’est ce qui vous a poussé à vous lancer ? Quelles ont été les évolutions ?

Little Africa est partie d’un projet d’agences de voyages pour lequel il fallait une garantie financière de 100K, y croire et se battre, avoir des refus, tomber, pleurer, réfléchir, recréer, rebondir … Little Africa veut  littéralement dire « Petite Afrique ». C’est un parcours de vie initiatique, le mien et celui de toute une génération. L’élément déclencheur, je pense, remonte à mon long séjour d’un an au Mexique où je découvre pour la première fois à 22 ans, l’existence d’afro-descendants en Amérique latine, sans compter les Caraïbes où j’ai eu aussi l’occasion de voyager, à Puerto Rico. A chaque fois, même constat, je ne savais pas qu’il y avait des afro-descendants dans ces pays. Au Mexique, on recense près d’un million d’afro-descendants, c’est énorme! Les influences africaines dans ces régions, se rencontrent sur les visages, la musique, la gastronomie, l’art. Je me suis sentie chez moi.  C’est de retour en France que je me suis penchée un peu plus sur l’histoire de la traite transatlantique qui a déclenchée de très importants flux migratoires dans le monde. A New-York, Londres ou Bruxelles, les afro-descendants sont nombreux à peupler ces villes et la culture africaine y est à portée de tous.
Pour ce qui est du choix du nom, il est directement inspiré des Etats-Unis où dans des villes comme New-York, les quartiers populaires et d’influence étrangère sont labélisées en vrais produits marketing -Little Italy, Little Senegal, Chinatown- qu’on met en avant dans les guides touristiques. J’ai adapté ce concept à Paris pour que cette première destination puisse également s’enorgueillir de sa diversité.

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Quels sont les services que l’agence propose aujourd’hui ?

Little Africa  a développé 3 activités :
Le Tourisme, avec la mise en place de visites guidées thématiques autour de l’Art, la Mode et la Gastronomie à la fois au sein des quartiers populaires (La Goutte d’Or), mais aussi au sein d’expositions ou de foires d’art contemporain. Depuis novembre 2016, nous proposons désormais un City Guide papier de l’Afrique à Paris.
La Communication, avec notre plateforme digitale qui est aujourd’hui un média qui couvre plusieurs événements culturels pour lesquels on peut apporter un support technique ou un accompagnement type « consulting » pour la mise en place de ces événements. Ce même support digital nous sert à référencer les adresses à découvrir dans Paris via des articles personnalisés ou des supports vidéos à la demande pour des restaurants, des boutiques, des marques, des institutions, des sociétés, etc.
L’Art quant à lui est à la base de notre ADN, c’est notre identité première. Nous côtoyons de nombreux artistes et commissaires d’expositions qui apprécient notre travail. Des propositions d’expositions nous tombent sous les bras depuis plus d’un an. Nous n’y avons pas encore donné suite mais nous y viendrons à un moment donné.

Quels sont vos critères pour dénicher des lieux inédits ? Qui rédige les contenus dans «empreintes africaines» ? (Section blog du site littleafrica.fr, ndlr)

Le premier critère est la pertinence du lieu : sa beauté, sa localisation, la manière dont il est mis en valeur, sa notoriété, les avis sur le lieu. Ensuite vient son histoire, ou celle de son créateur. L’ accueil du personnel aussi bien au téléphone que sur place est un des éléments si ce n’est le plus important que nous regardons. Vous aurez beau avoir un lieu d’exception, une cuisine de qualité, si le serveur est désagréable ou présente mal, vous passez à côté du service.
La section empreintes africaines a été un peu négligée l’année dernière. Mais l’idée est de donner la parole à des passionnés d’Afrique.

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Vous avez  donc lancé en Novembre 2016 Le City Guide Little Africa. Pourquoi avoir voulu éditer ce livre ? Qu’est ce qu’on trouve à l’intérieur et à qui s’adresse t-il ?

Le City Guide Little Africa s’inscrit dans la continuité du site www.littleafrica.fr , qui propose déjà plusieurs adresses arty (musées, galeries, artistes) et gastronomiques (restaurants, épiceries fines), mais aussi des adresses de boutiques, de librairies, etc. Ce sont les internautes qui l’ont réclamé à travers nos rencontres en visites guidées depuis 2 ans. A la fin de chaque visite, ils voulaient un support. Très souvent,  je me retrouvais à faire des itinéraires type city guide : « quoi faire dans tel ou tel quartier, où y manger, etc ». ….

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L’objectif du guide est double : Apporter un nouveau support de découverte aux touristes qui sont à 79% des repeaters (des personnes qui ont déjà visité Paris) et recherchent de nouvelles activités. Et pourquoi pas casser les préjugés par la même occasion? Non, l’immigration que l’on vous décrit dans les médias, ce n’est pas que les ghettos, la prostitution, le banditisme, l’illettrisme. C’est aussi et surtout, du savoir-faire, de l’art, de la gastronomie, de l’élégance, une histoire, de l’esthétisme, une vraie culture. Nous souhaitons aussi à travers le guide proposer un nouvel outil de travail pour les professionnels du tourisme: hôteliers, offices de tourisme afin de mieux répondre aux demandes de leurs clients en provenance d’Afrique.

A quelle fréquence sera-t-il renouvelé ?
On aimerait pouvoir éditer chaque année. En 2017, nous éditerons notre second tome où là encore, l’innovation sera au RDV.

3 lieux incontournables à visiter à Paris selon vous (et pourquoi ?)

Le Musée de l’histoire de l’immigration : J’adore ce musée. Il vous montre les apports des immigrés en France et dans sa culture (gastronomie, art). De plus, l’architecture à elle seule, est une mine d’informations sur le passé colonial français et ses relations avec les colonies. Édifiant.
Sape & Co : LA boutique de référence de la Sape à Paris et dans le monde d’ailleurs, puisque Monsieur Bachelor, propriétaire des lieux mondialement connu a propulsé sa marque au-delà des frontières françaises. Au-delà de la mode, c’est avant tout un lieu chaleureux.
Le Restaurant Ô Petit Club africain : intimiste, à l’écart de Paris, décoration chic et accueil de champion. On y mange tellement bien et pour pas cher…

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Comment voyez-vous Little Africa dans 5 ans ?
Implantée dans plusieurs pays d’Europe et d’Amérique. Du moins le concept, car je pense que Paris et sa culture africaine est loin d’être une exception en Europe. Je pense que nous serons une Destination Management Company sur le long terme.
Par ailleurs, l’Afrique sera de plus en plus au RDV sur des projets touristiques et artistiques. J’ai plusieurs rêves pour mon cher continent.

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