CONNAISSEZ-VOUS LE CIEL AFRICAIN ? 2/3

L’évolution du secteur

Les compagnies aériennes Africaines ont progressivement commencé à se tourner vers les vols domestiques. Les pionniers dans ce domaine sont  Ethiopian Airlines, South African Airways et Kenya Airways qui totalisent à eux seuls une flotte de plus de 186 avions (toujours en progression au vu des commandes en cours d’Ethiopian Airlines), pour plus de 125 destinations. L’Afrique Australe est naturellement leader de ce secteur sur le continent, ce qui s’explique par une situation géographique très défavorable au transport terrestre. En effet, dans les pays tels que l’Ethiopie, le Kenya et toute la zone Est de l’Afrique, les reliefs sont faits de montagnes et de vallées. Une situation qui a fortement limité les trafics par route et par train. Les gouvernements de ces pays, au cours de la fin des années 70 ont donc mobilisé des investissements afin de se procurer des flottes pour les vols domestiques. Ainsi, les compagnies aériennes se sont développées en conséquence en privilégiant les vols domestiques pour assurer le transport des habitants. Ceci a eu pour effet, la progression du secteur aérien africain dans sa globalité. Cette progression est aujourd’hui palpable au sein des pays comme le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et même le Cameroun qui depuis la fin des années 2010, multiplient les vols domestiques. Ceux-ci génèrent d’ailleurs un trafic globalement important caractérisé par une croissance du marché qui culmine à 6,20% depuis 2016.

Découvrez comment s’est construit le ciel Africain

Depuis 1980, le transport aérien de manière générale a évolué vers une meilleure indépendance des passagers africains vis-à-vis  des compagnies européennes et américaines. L’aéroport international de Bole (Addis-Abeba) est le principal hub africain qui dessert les continents Europe, Asie et Amérique. L’Éthiopie dispose de 84 aéroports dont 15 ont des pistes goudronnées. Ce dispositif assure 23 liaisons intérieures, 24 liaisons hors de l’Éthiopie, et des lignes directes vers 23 pays d’Afrique et 17 pays hors du continent. Les vols domestiques y représentent 70% du trafic. En Afrique du Sud, ce sont 98% des vols qui sont domestiques. Le pays reste tout de même celui qui compte le plus de vols commerciaux à l’International, avec ses 10 aéroports (7 nationaux et 3 internationaux). Le Nigeria quant à lui, dauphin de l’Afrique du Sud au rang des marchés les plus actifs du secteur, dispose de 22 aéroports dont 4 sont internationaux. Sa flotte de plus de 146 jets privés en fait le deuxième hub d’Afrique, bien que l’aéroport de Lagos concentre plus de 36% du trafic.

Quelles perspectives pour les années à venir ?

La commission de l’union africaine a envisagé un projet d’unification du transport aérien en Afrique, ainsi que la libéralisation de l’aviation civile sur le continent. L’objectif semble être la prise en main du potentiel de l’Afrique dans le transport aérien mondial. En effet l’on évalue à 3% la contribution de l’Afrique au transport aérien mondial, pourtant la population africaine représente 17% du marché. En marge du développement du trafic aérien, la commission de l’union africaine entrevoit une création de plus de 300 000 emplois directs et plus de 2 millions d’emplois indirects notamment dans les métiers industriels et dans le tourisme.

Membres AFRAA avec Sassou Nguesso – Crédit photo topontravel.com

 

L’industrie aéronautique non militaire en Afrique représente 8 millions d’emplois directs et indirects.[1] Une multiplication des ressources dans ce secteur serait donc un vrai levier de développement, principalement dans cette ère où l’africain n’a plus recours à l’avion uniquement pour sortir de son pays ou de son continent. Lors de son dernier forum du 12 au 14 Novembre 2017 à Kigali, l’Association des Compagnies Aériennes Africaines (AFRAA) a, parmi ses travaux, discuté de la profitabilité des compagnies aériennes de manière isolée, mais aussi en collaboration entre elles.
La contribution du secteur et des capitaux privés dans le domaine de l’aviation africaine doit se combiner avec des actions gouvernementales. A ce propos, les dirigeants de compagnies aériennes africaines, ainsi que les experts du métier de l’aviation semblent unanimes sur ce point : l’Afrique doit régir elle-même le transport dans son ciel. En effet, si les compagnies africaines pensent que les alliances commerciales avec les grands groupes garantissent la possibilité d’ouvrir plus de lignes entre les pays africains, leur action isolée doit être encouragée par des dispositions gouvernementales permettant aux pays africains de constituer des pôles de services ou de lignes aériennes plus répandus sur le continent, afin de réduire notamment les taxes non liées directement à l’exploitation des compagnies aériennes. A terme, il faudrait migrer d’une situation où les hubs Africains font principalement du ramassage en Afrique pour des compagnies étrangères, vers une situation plus fluide où les compagnies africaines s’associent pour déployer plus de vols entre les pays africains. Ceci aurait clairement pour conséquence de réduire les coûts exogènes, très élevés qui limitent d’ailleurs les options de développement et même de croissance du secteur aérien africain.

[1] Source BBC Afrique

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