COMMENT UTILISER LE DIGITAL POUR CHANGER L’IMAGE DU CONTINENT ?

Le 02 mars dernier, le monde du digital africain s’est réuni à Paris. Influenceurs, blogueurs, marques, producteurs de contenu et même fournisseurs d’accès internet étaient présents aux Adicom Days. La première édition a été un succès, salle comble, chiffres intéressants, intervenants percutants. Peut-on dire que la révolution numérique est en marche?

Les chiffres[1]

L’Afrique, c’est aujourd’hui 1.2 milliards d’habitants dont 41% vivant en zone urbaine et seulement 52% ayant accès à l’électricité pour un taux de pénétration internet de 29%. On l’appelle « le continent du mobile » au vu de la pénétration fulgurante du mobile. 81% de la population, soit 995 millions d’habitants possèdent un téléphone, pas nécessairement un smartphone. C’est une population jeune avec plus de 70% ayant moins de 25 ans. 170 millions d’utilisateurs sont actifs sur les réseaux sociaux dont 127 millions sur Facebook. Les chiffres sont disparates. En Afrique du Sud, 52.6% d’utilisateurs internet contre 17.7% au Cameroun par exemple. 61% des annonceurs sur le continent ont encore du mal à trouver des prestataires de qualité, le gros point noir du secteur étant de calculer le retour sur investissement des actions posées.  La pénétration internet est largement liée aux infrastructures. Tant que tout le monde n’aura pas accès à l’électricité, tant que le réseau de fibres optiques sera moyen, tant que la concurrence sur les offres internet ne sera pas challengeante et surtout tant que les pouvoirs d’achat seront bas, la révolution numérique restera inégale.

Sur le continent, les initiatives tech permettent aux entrepreneurs d’innover à contre courant

Les acteurs

Les acteurs principaux du numérique restent encore et toujours la population, celle qui ne travaille pas forcément dans le digital, celle qui a besoin d’offres adaptées. Outre les Etats qui sont les grands facilitateurs, les fournisseurs de connexion internet sont en première ligne de cette révolution. Un meilleur accès à internet entraîne des utilisations différentes. Le Kenya, qui a un des taux de pénétration les plus élevés, est à juste titre l’un des plus avancés en matière de Mobile Money. Viennent ensuite les producteurs de contenu, il s’agit des chaînes TV, des marques, des blogueurs, vlogueurs…. Comme l’a souligné David Pontalier, responsable du développement d’Air France en Afrique de l’Ouest, il est temps que les marques arrêtent le « mougoupan » en Afrique. Le Mougoupan est un mot nouchi (argot ivoirien) qui signifie séduire puis laisser tomber lorsqu’on a eu ce qui nous intéresse.
La stratégie des marques en Afrique commence à changer. Le public est de plus en plus exigeant, il veut une relation à long terme. Il veut du contenu de qualité et pour Tonje Bakang d’Afrostream, on ne peut plus attendre ce type de contenus seulement des professionnels de l’image. Il faut de plus en plus de vlogs, podcasts et webséries de qualité, d’où le rôle des blogueurs et vlogueurs. Enfin, il y a la catégorie des influenceurs, ce sont les personnes qui grâce à leur visibilité et aux contenus qu’ils créent influencent le comportement (digital) du consommateur sur des sujets donnés. Qu’ils soient blogueurs, CEO, activistes ou juste très actifs sur les réseaux sociaux, les influenceurs ont la capacité de mettre en avant des idées, des projets, des concepts et sont essentiels à l’écosystème. Parmi les influences des opinions et décisions d’achat des jeunes africains, les célébrités africaines arrivent en 5e place. La famille, la religion et les amis tiennent le haut du tableau tandis que les hommes politiques sont en 7e place.

Partez à la découverte des systèmes tech d’Afrique Francophone grâce au documentaire Afropreneurs 

 

L’état des lieux

Cela fait une dizaine d’années qu’on parle de révolution numérique sur le continent. Comme les chiffres le démontrent, nous sommes encore loin du véritable raz-de-marée digital. Ce secteur a été placé en priorité dans de nombreux pays. A Cotonou comme à Yaoundé ou Accra, on parle beaucoup d’économie numérique. Ici et là, on ne compte plus les applications de mobile banking, e-commerce, e-payment, etc. Certains ont choisi de mettre en avant l’image touristique de l’Afrique, d’autres les talents de la mode, l’art culinaire, d’autres encore de raconter leur vécu en vidéo. Les marques commencent à comprendre qu’on ne peut pas communiquer de la même façon en Occident qu’en Afrique et surtout que le consommateur Congolais n’est pas le consommateur Kényan, ni le consommateur Marocain. Il faut s’adapter. Le numérique, ce ne sont pas seulement des smartphones et des applications compliquées comme l’a souligné Sidick Bakayoko de Siam Technology. C’est aussi des services USSD (les petits messages que vous recevez via des numéros courts) qui permettent aux agriculteurs de connaître le cours de leurs denrées ou aux femmes enceintes d’effectuer leur suivi médical.

Comment les techpreneurs Africains changent le monde 

Tondje Bakang, PDG de Afrostream

Les perspectives

L’Afrique est une pionnière en bien des domaines d’utilisation du digital. Nul ne doute que ce secteur va continuer d’être un pôle de croissance dans plusieurs pays. Aujourd’hui, pour investir dans le digital en Afrique, on retient 4 points essentiels :

  • Cibler des niches et adapter l’offre proposée car la population n’est pas homogène
  • Créer des communautés et des histoires à long terme avec le consommateur de numérique
  • Utiliser largement les réseaux sociaux notamment WhatsApp qui a une place particulière sur le continent
  • Trouver de nouveaux modèles de monétisation adaptés au consommateur pour pouvoir calculer le retour sur investissement.

Aux Adicom Days, on a rencontré des passionnés, des activistes, des personnes à l’affût de bonnes affaires . On a encore pu confirmer le nombre de talents qui ont besoin d’être mis en lumière et qui ont surtout besoin d’être payés à leur juste valeur. Si le plus gros incombe aux Etats pour donner les moyens à chacun d’avoir accès à ces outils innovants, les rencontres entre acteurs du système permettent d’évaluer les statistiques, de confronter les difficultés et d’amorcer des partenariats. En 2018, on se retrouve à Abidjan pour la deuxième édition où on pourra évaluer les retombées de la première.

[1] Enquêtes de IPSOS et Limelight présentées lors des ADICOMDAYS

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