Blick Bassy : “L’artiste aujourd’hui doit se considérer comme un auto-entrepreneur”

Blick Bassy. Photo: Pascal Colson

Lunettes de plongée vissées sur le visage, perles africaines autour du cou, combinaison de mécanicien mise à l’arrachée et chaussures dépareillées. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a une dégaine atypique. Né en 1974 au Cameroun, prénom : Blick, nom : Bassy. Un nom de star dès le départ. Il chante à la chorale et participe à des concours interscolaires pendant son adolescence. Après le bac, il obtient trois différentes bourses pour l’étranger mais décide de rester pour vivre son rêve. En 1996, il crée le groupe Macase, de la musique bantu aux accents jazz et soul. Leur premier album sera un succès total, notamment avec le titre éponyme de l’album Etam. Ils gagnent plusieurs prix nationaux et internationaux et sortent un deuxième album. Après 10 ans, le groupe se sépare. Blick veut découvrir de nouveaux horizons. “J’avais pour ambition d’aller rencontrer l’autre, de partager” explique-t-il.

Le groupe Macase. Source: RFI

Le groupe Macase. Source: RFI

Pour son nouveau projet en solo, Blick Bassy s’installe en France où il a déjà quelques connexions. En 2009, il sort son premier album Lehman, enregistré au Mali. Une rencontre entre les sonorités d’Afrique centrale et de l’Ouest. En 2011, sort son deuxième album Hongo Calling enregistré au Brésil, un voyage de Mintaba (Cameroun) à Rio (Brésil). En reconnaissant des similitudes entre les rythmes de chez lui et ceux du Brésil, Blick décide de retracer en musique le voyage des esclaves. Son troisième album Akö sort en 2015. Inspiré par Cliff James, un vieux chanteur de Blues, cet album est salué par la critique et propulse encore plus l’artiste à l’international.

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Blick Bassy chante en français, en anglais et en bassa’a, sa langue maternelle. “Il est important de garder nos langues, garder le lien qui nous lie à notre histoire. Nous avons la chance d’avoir un continent incroyable qui est riche par ses langues, ses ethnies, ses cultures, son histoire. Il est important de le porter et de l’assumer” argue le chanteur. Pour lui, il faudrait repartir vers la base, apprendre les langues aux enfants à travers des dessins animés, des livres illustrés et des jeux. Il faudrait qu’on donne aux plus petits l’estime de soi, qu’ils soient fiers de ce qu’ils sont, qu’ils assument leur patrimoine. ”On nous a fait comprendre que c’était sauvage de parler nos langues comme si nous n’avions pas de civilisations avant. Il est important de retourner vers nos racines pour faire pousser l’arbre.” appuie-t-il.

L’artiste musicien vit aujourd’hui une partie de son rêve. Il écume les festivals, partage sa culture et voit des salles entières en Angleterre comme en France fredonner le Bassa’a, une langue d’un pays qu’ils ne connaissent pas. Le terme “musique du monde” ? Rien qu’une étiquette pour lui ! “Ce ne sont que des cases, à chacun de nous de les porter et de leur donner la signification qu’il nous plaît”. Il regrette que les musiques populaires du continent n’arrivent pas mieux à s’exporter. « Ça va arriver avec le temps, avec le développement de stratégies de vente à l’extérieur” ajoute-t-il.

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Blick Bassy sur la scène de la maroquinerie, Paris, France. Crédit : Twitter.com/blickbassy

Blick Bassy sur la scène de la maroquinerie, Paris, France. Crédit : Twitter.com/blickbassy

Pour Blick Bassy, le chanteur d’aujourd’hui est un auto-entrepreneur. Il a créé le label BBPROD en 2004 sur lequel il a notamment produit le chanteur camerounais Koppo et la compilation rap’conteurs. Il met un point d’honneur à transmettre son expérience et donner des conseils aux artistes africains.” Il faut réfléchir à long terme. Nous faisons un métier où il faut être patient, assumer sa singularité, son unicité, se projeter. Dit-il. Il a créé la plateforme Wanda-full.com, où il partage ses connaissances sur le monde artistique et les moyens de communication actuels. On y retrouve des articles sur le business de la musique, le management,  les nouvelles technologies et tout ce qui concerne les métiers du son, la propriété intellectuelle et les stratégies digitales.

Selon le chanteur, “nous sommes à l’ère du Do-It-Yourself.” Si autrefois, les artistes, chargés de divertir la cour, étaient pris en charge, à l’ère moderne, ce sont les producteurs et autres labels qui ont pris le relai. Nous sommes aujourd’hui à l’ère du digital, l’artiste peut et doit se vendre par lui-même. Il lui faut à la fois gérer les aspects artistiques de sa carrière mais aussi la communication et la vente. Selon lui, c’est la raison de l’avènement de labels indépendants très souvent créés par des artistes.

Blick Bassy est multi-casquettes. Il a sorti cette année, des contes pour sensibiliser les enfants sur la question de l’environnement. Son premier livre, Le Moabi Cinéma a été publié aux Editions Gallimard. C’est un livre qui parle d’immigration, mais surtout un roman parfois drôle qui dépeint une partie de la société camerounaise. “Le Moabi Cinéma est là pour encourager les africains à rester, à développer notre continent” explique-t-il.
Il est important pour l’artiste de nous reconnecter à notre environnement, de lui redonner une image positive. Les voyages ne sont cependant pas une mauvaise chose car ils permettent de se cultiver. Blick rêve d’un monde sans visa : “Un monde sans frontières ni visas n’est pas une utopie. L’utopie, ce ne sont que les barrières que des hommes se mettent. Ce sont des hommes qui ont créé les frontières pour lesquelles on nous demande des visas aujourd’hui. Il faut arrêter de nous dire qu’on est égaux alors que les mêmes puissants ne nous donnent pas les mêmes possibilités.”

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On pourrait écrire encore des milliers de lignes sur l’artiste tant il est fascinant. Pour le voir en live, il reste encore plusieurs dates sur sa tournée que vous pouvez consulter sur son site internet.

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