Alloysius Attah, PDG Farmerline : « Nous ciblons un million d’agriculteurs d’ici 2020 »

Par Jules Hervé Yimeumi

Farmerline est une application qui permet aux agriculteurs ghanéens de voir grand. Elle permet de changer leur quotidien et de rendre rentables leurs structures. Nous avons rencontré  Alloysius Attah,  PDG de Farmerline. 

Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre parcours ? 
Je suis Alloysius Attah, co-fondateur et PDG de Farmerline, une entreprise sociale qui s’efforce de transformer des millions d’agriculteurs en entrepreneurs prospères.
Je suis titulaire d’un Bachelor en Gestion des Ressources Naturelles de l’Université des Sciences et de la Technologie Kwame Nkrumah, au Ghana. Chez Farmerline, je dirige la stratégie et la vision globale de l’entreprise. Je concentre également mes efforts sur le développement des affaires et la conception des produits, une responsabilité qui m’a permis de recevoir de nombreux prix, dont le « Echoing Green Global Fellowship » en 2014 et le «Cordes Fellowship » en 2015.

Pouvez-vous nous présenter l’application Farmerline ?
Notre plateforme logicielle propriétaire, « Mergdata », nous permet de collecter et de diffuser des informations auprès des agriculteurs grâce à une technologie mobile adaptée aux messages vocaux, aux langues locales et aux données hors ligne. Grâce à cette plateforme, nous transmettons aux agriculteurs dans leurs langues locales, de bonnes pratiques agricoles, des rapports météorologiques et des systèmes d’informations sur les marchés dans neuf cultures différentes. Tout se fait à la voix. « Mergdata » propose également une collecte de données, permettant aux acteurs de la chaîne de valeur d’enquêter et de faire connaître les agriculteurs, de mapper les parcelles agricoles, de gérer les chaînes d’approvisionnement avec le suivi des stocks et le catalogage, et de payer les utilisateurs via le mobile money. Ces outils de diffusion et de collecte fournissent un soutien à tous les niveaux de l’infrastructure agricole en Afrique de l’Ouest.
À moyen terme, nous aspirons à être une sorte de Amazon pour ces agriculteurs : un marché on&off line,  sur le mobile, dédié aux zones rurales, où ils peuvent accéder rapidement aux produits, aux services et aux entreprises sur l’ensemble de l’écosystème agricole. Nous y arriverons grâce à nos applications mobiles propriétaires et à nos agents de terrain.
Notre objectif sur le long terme est de contribuer à une Afrique qui ne dépend plus de l’aide internationale, et où il y a moins de personnes en bas de la pyramide. La jeunesse a un rôle majeur à jouer dans la réalisation de ce nouveau système économique, et nous voulons que le travail de Farmerline inspire la jeune génération à prendre en charge et à créer des entreprises durables. En tant que pionniers, nous souhaitons améliorer les revenus de millions d’agriculteurs et par la même occasion, mettre sur pied la société de technologie la plus en vue sur le continent africain.

On s’interroge : quel futur pour l’agriculture Africaine ?

 

Quelle est votre cible ?
Nous ciblons un million d’agriculteurs d’ici 2020, ceci inclut tous ceux que nous nous efforçons d’encourager afin d’améliorer leur qualité de vie, leur rendement, d’augmenter leurs revenus et de créer des changements globaux.

Comment vous est venue l’idée de créer cette application ?
À cinq ans, j’ai dû emménager chez ma tante, une petite fermière vivant en zone rurale au Ghana. Durant cette période, j’ai été confronté aux difficultés auxquelles les petits agriculteurs font face aussi bien pour la production de denrées commerciales que pour soutenir leurs familles. Après avoir terminé l’université, j’étais déterminé à apporter mon soutien à tous ces agriculteurs qui m’ont soutenu durant mes études. Cette motivation à « rendre la pareille » m’a conduit à la création de Farmerline Ltd en 2013 avec Emmanuel Owusu-Addai’s.

Les agriculteurs arrivent-ils facilement à travailler avec l’application ?
Nos agriculteurs ne travaillent pas directement avec l’application. Ils bénéficient des services offerts par notre plateforme Mergdata. Cela nous permet de partager des informations avec eux de manière accessible, en grande quantité, en mode voix ou SMS, et dans n’importe quelle langue locale en fonction de leur connexion, de l’alphabétisation et de la langue de l’agriculteur. Cela permet de briser les barrières existantes en matière de communication.

Pensez-vous que les agriculteurs peuvent optimiser leur production grâce aux nouvelles technologies ?
Oui, nous croyons vraiment que les nouvelles technologies peuvent aider les agriculteurs à renforcer leurs marges bénéficiaires, à fonctionner plus efficacement et avec beaucoup plus de facilité qu’auparavant.

Qu’en est-il de l’utilisation des drones dans l’agriculture en Afrique ?
Avec la population mondiale prévue pour atteindre 8,1 milliards en 2025 (avec la majorité de la croissance dans les pays en développement et plus de la moitié en Afrique), il y a une plus grande demande en ressources alimentaires. Selon un rapport de Harvard Business Review en 2016, cette demande devrait augmenter d’environ 59% à 98% d’ici 2050. Afin de répondre aux besoins en produits alimentaires de la population mondiale, les agriculteurs du monde entier doivent trouver des moyens pour améliorer les pratiques et les processus agricoles actuels afin de produire plus de nourriture, augmenter leur productivité et faire de la durabilité leur priorité. Pendant que d’autres régions observent déjà une l’évolution rapide de l’usage des drones pour atteindre cet objectif de forte productivité et de pérennité, l’Afrique accuse déjà un important retard. Mais chez Farmerline, nous voulons changer cette tendance. Notre associé de développement logiciel, Pascal Adomako a participé à une formation pratique et intensive autour des drones  à Paris, et explore actuellement les moyens de s’en servir pour tirer le meilleur profit de la terre des cultures et des ressources en Afrique. Nous sommes convaincus qu’à la fin de ce processus, nous serons en mesure d’indiquer aux agriculteurs comment utiliser les drones pour obtenir des données précises sur leurs terres, leur permettre d’anticiper, de détecter ou de résoudre les problèmes, d’effectuer des visites régulières sur leurs terres pour contrôler la santé de leurs cultures, en sachant exactement où aller et sur quelles cultures focaliser leurs investissements.

 

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